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Organisation du marché céréalier
Les accords relatifs au nouveau régime douanier céréalier
européen et les réactions de l'AGPB
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I - A l'origine des accords,
un afflux de céréales d'origine Mer Noire
D'importantes récoltes en Russie et en Ukraine
En 2001, puis en 2002, la Russie et l'Ukraine ont réalisé
de fortes récoltes de céréales. Pratiquant
des prix extrêmement bas, ces pays ont profité
d'une inadaptation de l'actuel régime douanier céréalier
européen, dans lequel les droits de douane à l'importation
sont calculés sur la base de cotations céréalières
américaines, pour exporter massivement vers l'Union européenne.
Des importations facilitées par la passivité
de la Commission européenne durant plus d'un an
La Commission européenne aurait pu relever sans délai
les droits de douane de l'U.E sur ces transactions. Il lui suffisait
de se référer aux cotations Odessa pour les calculer
et les accords de l'OMC signés à Marrakech en
1994 lui laissaient toute latitude pour agir de la sorte. Mais
la Commission est restée passive.
Ainsi, durant la campagne céréalière 2001/2002
(30/6/01 - 1/7/02), l'U.E est devenue le 1er importateur mondial
de blé tendre. Elle en a importé 7,9 millions
de tonnes, au lieu de 2 à 2,5 habituellement. La France
a été le premier pays affecté par ces importations.
Sur cette campagne 2001/2002, elle a perdu 55% de ses débouchés
en blé tendre sur l'Italie et 21% sur l'Espagne. Il en
est résulté une telle dépression sur le
marché que les prix d'acompte des céréales
de la récolte 2002 ont été de 20 à
25 % inférieurs à ceux de la récolte 2001.
A la mi-juillet 2002, c'est-à-dire au début de
la récolte de céréales 2002, l'UE a décidé
de réagir. Mais elle a opté pour un processus
long et risqué, à savoir une renégociation
de son régime douanier céréalier dans le
cadre de l'OMC. Son objectif était la mise en place de
contingents d'importation. Cette négociation s'est en
principe achevée par des accords conclus le 12 novembre,
que le Conseil des ministres de l'Agriculture des Quinze doit
encore approuver. Il sera traité de ces accords dans
la seconde partie de cette note.
Un emballement du phénomène depuis l'été
2002 et des baisses de prix prolongées dans l'U.E pour
le blé
Entre temps, les flux d'importation de blé tendre russe
et ukrainien se sont développés rapidement, les
opérateurs étant soucieux de réaliser un
maximum de transactions avant la mise en place de contingents.
C'est ainsi qu'entre le 1er juillet et la mi-novembre, la Commission
européenne a été amenée à
accorder pour 5 892 000 tonnes de certificats (autorisations)
d'importation de blé . C'est 3 fois plus que durant la
même période de 2001. Selon les experts, le cumul
des certificats pourrait atteindre 7,5 Mt au 31 décembre
prochain, date de la mi-campagne. En 6 mois, l'UE se serait
donc engagée sur des volumes d'importations équivalents
à la totalité des volumes importés durant
la campagne 2001-2002 !
Cette évolution produit des effets d'autant plus forts
sur les marchés français et européens des
céréales, que, cette année, la récolte
communautaire de blé tendre est nettement supérieure
à celle de l'année dernière (+11 millions
de tonnes). En France, à titre d'illustration, le prix
du blé tendre payé au producteur était
de 90€ /t à la mi-novembre 2002, contre 101€ /t
à la mi-novembre 2001.
II - Le nouveau régime
douanier céréalier, les conditions de son efficacité
Contenu des accords
C'est dans ce contexte que sont intervenus les accords du 12
novembre relatifs à la refonte du régime douanier
céréalier européen.
En voici en substance le contenu :
- pour les importations de blé tendre
de haute qualité, de blé dur et de maïs,
rien n'est changé ;
- pour le blé tendre de moyenne et basse qualités,
le régime douanier changera à partir du 1er
janvier 2003
Un contingent annuel d'importation de 2 981 600 t sera
mis en place avec droit de douane de 12 €/t, tout volume
importé au-delà des 2981600 t étant
soumis au droit de 95 €/t. Sur ce contingent,
38 000 et 572 000 t seront respectivement réservés
au Canada et aux Etats-Unis, le reste étant ouvert
à d'autres importateurs ;
- en ce qui concerne l'orge, il sera ouvert à
partir du 1/1/2003 un contingent de 50 000 t d'orge de brasserie,
avec droit de douane de 8 €/t, et un contingent
de 300 000 t pour les autres variétés, avec
droit de 16 € /t. Au-delà de ces contingents
le droit sera de 93 € /t.
Des zones d'ombre à traiter impérativement
et nécessité d'une politique d'exportation très
dynamique d'ici la fin de campagne
Les réactions de l 'AGPB à ces accords sont de
plusieurs ordres.
- Sur le fond, ces accords ne peuvent être efficaces
que si la Commission européenne agit pour dissiper
les zones d'ombre existant quant à la définition
du blé tendre de haute qualité, d'une part,
et à l'utilisation de cette qualification, d'autre
part.
A la base, il faut retenir que les droits de douane sur
les blés de haute qualité sont habituellement
nuls et que les droits pour les blés de qualité
inférieure importés hors contingent seront
de 95 €/t.
Bien préciser la frontière entre la haute
qualité et les autres est donc indispensable. Dans
la réglementation douanière européenne,
la haute qualité correspond à 13,3% de protéine
minimum. Or, certains blés de Mer Noire dépassent
ce taux et sont pourtant impropres à la meunerie.
L'AGPB demande donc que d'autres critères que le
taux de protéine figurent dans la réglementation
douanière.
Par ailleurs, il est nécessaire de renforcer les
contrôles douaniers des déclarations des opérateurs
sur la qualité des blés importés. En
effet, dans la pratique douanière communautaire actuelle,
seulement 5% des cargaisons font l'objet d'une vérification
de la qualité déclarée. Dans ces conditions,
il pourrait être très tentant de déclarer
en haute qualité des blés de qualité
inférieure.
- Il faut que ces accords entrent effectivement en vigueur
au 1er janvier 2003.
- Il est hors de question que ces accords du 12 novembre
conclus dans le cadre de l'OMC soient " complétés
" par des accords avec la Russie et l'Ukraine, pays non
membres de l'OMC, qui attribueraient à ces derniers
des contingents supplémentaires. Des ambiguïtés
demeurent dans la communication de la Commission européenne
à ce sujet
- Compte tenu de la l'abondance des récoltes
de blé tendre dans l'UE en 2002, de la masse des importations
engagées du 1er juillet au 31 décembre 2002
et des importations susceptibles d'être engagées
dans le cadre du contingent entre le 1er janvier et le 1er
juillet 2003, le risque est grand que le marché du
blé tendre reste déprimé et que les stocks
publics augmentent d'ici la récolte 2003. Il est par
conséquent indispensable que les instances européennes
mènent une politique d'exportation très dynamique.
[AGPB
- 18 novembre 2002]
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