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OMC

Le point sur l'avancée des négociations début juillet 2005
 

1- Les enjeux de la négociation agricole au sein de l'OMC :

Après l'échec de Cancun, l'accord-cadre de juillet 2004 a permis de relancer les négociations.

Pour l'agriculture, des indications relativement précises ont été données sur le résultat à atteindre : élimination de toutes les formes de subventions à l'exportation, harmonisation des soutiens internes les plus " distorsifs ", poursuite de la réduction des droits de douane. La " ministérielle " de l'OMC (sorte d'assemblée générale rassemblant les ministres du commerce de tous les pays adhérant à l'OMC) s'est fixée un calendrier pour y parvenir. La décision finale doit intervenir lors de la 6ème conférence ministérielle de Hong Kong en décembre 2005.

Depuis plusieurs mois, on note l'opposition entre l'approche américaine qui suggère de limiter les travaux futurs aux seuls sujets nécessaires à assurer le succès de Hong Kong (par exemple, l'accès au marché agricole) et la conception européenne de la Commission qui défend une approche " équilibrée " à l'intérieur de chacun des chapitres agricoles, entre les trois piliers agricoles et entre l'agriculture et les autres secteurs de la négociation.

De ce fait, le programme de travail agricole a été recentré sur deux grands thèmes : l'accès au marché, qui devra viser à faire baisser plus rapidement les droits de douane élevés, tout en ménageant un traitement particulier aux produits dits " sensibles ", et le développement des pays du tiers monde. Ce programme consacre l'abandon des trois principaux sujets de Singapour, auxquels tenait l'U.E. : investissement, concurrence, transparence dans les marchés publics


2- L'accès au marché :

Les dernières réunions concernant le secteur agricole, du 13 au 19 avril 2005 à Genève (réunion du Comité de l'agriculture) et le 4 mai à Paris (réunion mini-ministérielle avec près de 30 pays représentés), ont fait avancer des propositions portant sur l'accès au marché qui représente un enjeu majeur pour le secteur agro-alimentaire européen.

Dans cette négociation, les pays se regroupent selon leurs intérêts politiques ou économiques :

- le G5 (Etats-Unis, UE, Brésil, Inde, Australie). Ce groupe assure de fait le leadership de la négociation, ce qui est contesté par un certain nombre de pays en développement et par les pays de l'ancien groupe de Cairns qui ont perdu le rôle qu'ils jouaient lors de la négociation de l'Uruguay round. L'UE y est isolée face aux exportateurs "libéraux" ;

- le G10 regroupe les pays importateurs nets, Norvège, Japon etc. Son porte-parole est la Suisse ;

- le G20 rassemble les pays majoritairement exportateurs ;

- le G33 est constitué des pays en développements importateurs ;

- Et le G90 regroupant les pays africains, ACP et PMA.Bien évidemment ces groupes sont à géométrie variable en fonction de l'évolution de la négociation.

Des avancées, qui ont été depuis validées de façon informelle par l'ensemble des membres de l'OMC lors de la réunion du 30 mai du Comité de l'agriculture à Genève, ont relancé le processus de négociation. Elles permettent d'imaginer les premiers scenarii concrets et d'évaluer, en fonction des possibilités d'évolution des négociations, les conséquences potentielles pour les filières agro-alimentaires européennes en matière de protection aux frontières. Il s'agit, pour l'essentiel, de la mise au point d'une première méthode pour appréhender de manière cohérente les différentes protections aux frontières afin de négocier une deuxième méthode en vue de leur réduction. Cette deuxième méthode doit permettre de réduire les protections d'autant plus fortement qu'elles sont plus élevées.

2.1 - La conversion des droits de douane en équivalents tarifaires ad valorem :

Pendant longtemps, le processus de négociation concernant l'accès au marché a piétiné en raison de l'absence d'un consensus sur la méthode d'évaluation de la protection aux frontières des Etats membres de l'OMC. En effet, l'efficacité d'un droit de douane ne s'apprécie pas en valeur absolue car la protection qu'il procure dépend du prix du produit auquel il s'applique. Il faut donc transformer, pour chacune des lignes tarifaires des douanes, les taxes à l'importation en équivalents tarifaires ad valorem (EAV), c'est à dire exprimer le montant de la taxe en pourcentage du prix du produit.

Les réunions d'avril et de mai 2005 ont débouché sur l'accord de tous les Etats membres de l'OMC sur le principe de cette conversion d'une part et, d'autre part, sur la méthode de calcul pour l'ensemble des lignes tarifaires. Ce résultat étant acquis, le processus de négociation sur la réduction des droits, enjeu majeur, a pu reprendre. Celle-ci sera au cœur des discussions de la réunion mini ministérielle qui se tiendra en Chine les 12 et 13 juillet 2005.

Pour les pays du groupe de Cairns, du G 20 et, dans une moindre mesure, pour les Etats-Unis, la tactique était simple : faire apparaître un E.A.V. le plus élevé possible pour l'U.E., de manière à ce que les protections européennes tombent dans les niveaux les plus élevés, pour lesquels la réduction devra être la plus forte.

2.2. - Définition de l'équivalent tarifaire ad valorem (en %)

L'EAV se calcule donc ainsi :

Eq. Tarifaire ad valorem (en %) = Droit de douane en valeur (€ /t)/prix du produit (€ /t)

La plupart des équivalents tarifaires ad valorem devrait être compris entre 15 et 90 %. Seuls quelques lignes tarifaires, notamment pour les produits transformés, pourraient présenter un équivalent tarifaire ad valorem supérieur à 90 %.

2.3. - La méthode de calcul du prix du produit :

La simple constatation des prix à l'importation a posé problème et a du être négociée. Deux bases de données mondiales sur le commerce sont en "concurrence" : la base " IDB-OMC " et la base " Comtrade-ONU ". Ces bases peuvent présenter pour une même dénomination des prix différents car le lieu de constatation du prix (prix départ ou prix rendu) et l'agrégation des produits par famille ne sont pas les mêmes.

Pour les céréales, comme pour tous les produits de base, dont les nomenclatures douanières appartiennent aux chapitres allant de 1 à 16, le prix retenu ( /t) et basé sur la période 1999/2000/2001 serait de :

82,5% du prix base " Comtrade-ONU " + 17,5% du prix base " IDB-OMC ", si les 2 bases présentent un écart supérieur à 40% pour le prix moyen et à 20% pour l'équivalent tarifaire ad valorem,

le prix base " Comtrade-ONU ", dans le cas contraire.

Dans le cas de l'U.E., la base IDB-OMC correspond à la base Eurostat qui permet de déterminer les échanges de l'U.E. avec les Pays tiers. La base Comtrade-ONU, moins précise, évalue les échanges au départ de chacun des Etats membres de l'U.E. et donne des prix plus bas.

Commentaire : La sur-pondération en faveur du prix mondial le plus bas va évidemment avoir pour résultat mécanique un E.A.V. plus élevé. En conséquence, les pays comme l'U.E. verront une bonne partie de leurs droits spécifiques glisser vers les tranches supérieures de la formule de réduction, qui reste à déterminer.

2.4. - Conséquences pour le secteur des céréales à paille :

La proposition de M. HARBINSON de mars 2003 envisageait une réduction plus forte des équivalents tarifaires les plus élevés. Son successeur, M. GROSER, semble vouloir la reprendre comme base de départ. Une des hypothèses de travail, souvent avancée, mais qui reste à négocier, repose sur un classement des EAV en fonction de leur valeur en trois ou quatre catégories (les "bandes") et de pourcentages de diminution spécifiques pour chaque bande. A titre d'exemple, il pourrait être proposé trois
bandes :

· E.A.V. supérieurs à 90% = réduction moyenne de 60% et minimum par ligne de 45%,
· E.A.V. entre 15 et 90% = réduction moyenne de 50% et minimum par ligne de 35%,
· E.A.V. inférieurs à 15% = réduction moyenne de 40% et minimum par ligne de 25%

A la suite des accords de Paris (cf ci-dessus), la Commission a transmis à l'OMC à Genève, les conversions des droits des différents produits en équivalent tarifaire ad valorem. Ci-dessous, un extrait des valeurs pour les principales céréales :

Ligne tarifaire
Description
Droit spécifique
Equivalent Ad valorem
(EAV) en %
10011000
Blé dur
148,0 € /t
81,93
10019099
Blé tendre
95,0 €  /t
59,36
10030090
Orge
93,0 € /t
69,48
10059000
Maïs
94,0 € /t
73,17

Sans présager de la négociation future et en se référant simplement à l'exemple ci-dessus, le tarif douanier commun blé serait abaissé à une valeur comprise entre 48 et 62 /t (réduction de 50% ou 35%) ; le droit du maïs deviendrait 47 € /t.

Commentaire : Si l'on admet, dans le cadre du fonctionnement actuel de l'O.C.M. céréales, que 155% du prix d'intervention (PI) a constitué une protection valable du marché communautaire, c'est une protection de 55 € /t qui est appliquée quand le prix d'importation est au niveau de l'intervention.
De fait, le droit réel appliqué est depuis quelques temps à zéro en ce qui concerne les blés à haute teneur en protéines du fait de leur prix rendu UE.
Par contre le droit sur les céréales fourragères, blé inclus, varie en fonction des cours mondiaux pour respecter le 155% du PI à l'entrée dans l'UE.


Les chiffres de droits résiduels calculés dans l'exemple ci-dessus montrent l'insuffisance de niveau des droits en cas de chute des prix mondiaux.

Le calcul fait dans le Rapport d'orientation du Congrès de l'AGPB montre que le niveau minimal acceptable du droit est de 65 €/t . L'établissement des bandes et les règles de réduction doivent donc être négociés à des niveaux différents.

2.5. - La notion de produit sensible :

L'accord cadre de juillet 2004 prévoit que les " membres pourront désigner un nombre approprié, à négocier, de lignes tarifaires à traiter comme sensibles ". Cependant, pour ces produits classés sensibles, le principe d'une amélioration substantielle de l'accès est maintenu.

Dès lors, le classement en produit sensible ne devrait épargner que la réduction des tarifs hors contingents et obligera en contrepartie à l'accroissement des contingents tarifaires de ces produits. Il y aura donc, pour chaque produit, nécessité d'arbitrer entre un classement en produit sensible qui permet une réduction plus faible du droit de douane à l'extérieur du contingent d'importation mais qui entraîne une hausse de celui-ci et la réduction normale (et sans doute forte) des droits de douane (selon la proposition " Harbinson ") qui minimise la hausse des contingents d'importation.

Pour autant, un produit non classé sensible ne sera pas épargné du point de vue des contingents. Le principe " d'amélioration substantielle ", est bien défini comme une combinaison d'engagements en matière de contingents et de réductions.

Commentaire : Les prix des produits céréaliers sont beaucoup plus sensibles à une augmentation des contingents qu'à une réduction des droits de douane. Par ailleurs, classer les céréales dans les produits sensibles alors qu'elles constituent les plus gros tonnages échangés sur le marché mondial peut être difficile. Mais la protection du marché européen des céréales fourragères est primordiale. Il conviendra alors de voir comment monnayer leur classement en "non sensible", du point de vue de l'accord cadre !!!

2.6. - Les questions encore sans réponse :

Si l'accord cadre de l'OMC introduit le concept de produits sensibles, il n'en définit ni le niveau de précision d'application, ni le nombre.

Une des questions que pose la conversion en équivalent ad valorem, est de savoir si elle sera temporaire, c'est-à-dire utilisée seulement pour déterminer le taux de réduction des droits de douane -auquel cas les valeurs absolues seront remises en vigueur une fois la réduction opérée- ou si elle sera définitive. Dans ce dernier cas, même à niveau de protection équivalent dans une configuration de prix moyens, la protection baisse avec le prix du produit dans un système ad valorem. C'est donc un cas de figure qu'il faudrait éviter.

Les travaux de ce mois de juillet vont donc porter sur la détermination du nombre de bandes, la définition des bornes, la description du type de formule dans chaque bande. La question des coefficients à l'intérieur de chaque bande est renvoyée à la phase finale de la négociation.

Il est évident qu'il y a affrontement entre l'U.E. et le G 20 par exemple sur la formule de réduction tarifaire, l'U.E. étant favorable à reconduction de la formule du cycle d'Uruguay - réduction linéaire avec taux moyen et taux minimal- le G20 s'y opposant fortement et cherchant une réduction plus rapide.

3 - Les autres sujets de la négociation :

Mme Fischer Boel, la Commissaire à l'agriculture, souhaiterait mettre en place une stratégie plus offensive de l'UE sur les questions agricoles. Elle souhaite que la progression des négociations ne se fasse plus seulement sur l'accès au marché, mais en parallèle sur les deux autres piliers de la négociation, c'est-à-dire les soutiens internes et la concurrence à l'exportation.

Soutiens internes : La Commission refuserait la révision de la boîte verte (très attaquée …) et " l'élargissement " de la boîte bleue en faisant le calcul que même avec une réduction de 60% des soutiens internes, l'UE n'aurait aucun problème. En définitive, ce serait les Etats-Unis (en position défensive …) qui seraient les plus en difficulté sur la question des soutiens internes, notamment eu égard au classement de leurs aides contra-cycliques.

Aides à l'exportation : Pour la Commission européenne, il est essentiel que soit développé désormais un parallélisme effectif dans les négociations. Son accord, déjà annoncé, sur une élimination de toutes les restitutions à l'exportation est conditionné à une élimination de toutes les formes de subventions à l'exportation, à la même date, crédits à l'exportation, aide alimentaire et pratiques des entreprises d'Etat (boards) compris. Jamais, malheureusement, les loan deficiency payments américains ne sont mis sur la table.

La Commission européenne souhaite par ailleurs faire reconnaître internationalement les Indications Géographiques Protégées, base du système de signes de qualité dans l'UE. Le sujet ne passionne pas les autres membres de l'OMC et l'UE devra consentir des concessions pour progresser sur ce chapitre.

La Commission réfléchit par ailleurs pour sa part à une classification en trois groupes de produits : un groupe de produits pour lesquels les restitutions seraient éliminées immédiatement, un autre à moyen terme et un dernier groupe de produits pour lesquels les restitutions seraient arrêtées à long terme. La question des dates serait à ce stade mise en réserve.


4 - Le calendrier de la négociation agricole :

4-6 juillet : Réunion préparatoire du comité spécial agriculture,
12-13 juillet : Mini-conférence ministérielle de l'OMC à Dalian en Chine,
14-24 juillet : Négociation au comité spécial agriculture,
21-22 juillet : Comité des négociations commerciales,
27 juillet : Remise des conclusions du Président du comité agriculture, Tim Grosser,
25-29 juillet : Réunion finale du Conseil général, définition des modalités de réduction des aides,

19-20 octobre : Réunion du Conseil général

1er-2 décembre : Réunion du Conseil général

13-18 décembre : Sixième conférence de l'OMC à Hong Kong.

[AGPB - 4 juillet 2005]


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