 |


|
OMC
Politique agricole américaine, PAC et distorsions sur les marchés mondiaux : synthèse du colloque du 18 mai 2001 à Washington |
La politique agricole américaine est-elle réellement
moins distorsive sur les marchés mondiaux que la
PAC ?
La question méritait d'être posée -alors que les
négociations agricoles à l'OMC sont entrées dans
le vif du sujet- et la réponse n'est pas nécessairement
celle que l'on croit !
Le Groupe Céréaliers de France et the European
Institute (association favorisant l'échange et le débat
entre l'Union européenne et les Etats-Unis) ont
organisé le 18 mai dernier à Washington, un
colloque comparant l'impact des politiques agricoles
européenne et américaine au regard des règles de
l'OMC. Les débats ont montré que nous avons des
arguments pour défendre la PAC à l'OMC et pour
demander l'instauration de nouvelles règles plus équitables.
M. FISCHLER, Commissaire européen à l'agriculture
a participé à ce colloque ainsi que M. HEGWOOD
Conseiller spécial pour les négociations
commerciales auprès de Mme VENEMAN, Ministre de
l'Agriculture et M. GLICKMAN ancien Ministre de
l'Agriculture sous l'administration CLINTON.
Il y avait une centaine de participants. Pour les
Etats-Unis, des fonctionnaires, experts, consultants
et membres de la nouvelle administration, des représentants
des organisations professionnelles générales Farm
Bureau, NFU et spécialisées oléagineux,
betteraves à sucre... ainsi que des représentants
d'entreprises agroalimentaires. Des représentants
des Ambassades du japon, de l'Australie, de
l'Argentine ... et des Etats membres de l'Union
européenne étaient présents. Il y avait aussi des
représentants des organisations professionnelles de
l'Union européenne notamment pour les céréales,
les oléagineux, le sucre et les amylacées.
Une quinzaine de journalistes de la presse
anglo-saxonne étaient présents.
M. GLICKMAN (US), a présidé les débats.
Le Commissaire FISCHLER (EU) a commencé son
intervention par un exposé dans lequel il a rappelé
que la réforme de 1992 et Agenda 2000 ont permis à
la PAC de respecter ses engagements pris à
Marrakech et d'orienter le soutien aux agriculteurs
européens vers des formes moins distorsives sur les
marchés mondiaux. Le Commissaire a souligné qu'à
l'inverse les Etats-Unis ont, non seulement,
significativement augmenté le niveau du soutien aux
agriculteurs mais que celui?ci a pris une forme
particulièrement distorsive. D'abord avec les aides
marketing loan qui favorisent la baisse des prix et
constituent en outre une aide à l'exportation. Puis
avec les aides directes qui ne sont pas aussi découplées
que le prétendent les américains et qui donc ont
un impact sur la production. Enfin avec les aides
d'urgence qui sont liées au prix et sont donc
particulièrement perturbatrices sur les marchés.
Dans le nouveau Farm Bill ces aides d'urgence
pourraient être pérennisées sous la forme d'aides
dites contra cycliques. Leur caractère distorsif
n'en serait alors que plus grand et leur
classification dans les boîtes de l'OMC devra impérativement
en tenir compte.
La discussion qui a suivie a été lancée par M.
DRAZECK (US), consultant, ancien Conseiller spécial
pour les négociations commerciales agricoles et M.
CHALMIN (EU), Professeur d'économie à Paris.
Ensuite pour illustrer le débat sur le soutien interne
et le niveau de distorsion des différents instruments utilisés de chaque côté
de l'atlantique, M. de GORTER (US), Professeur d'économie à
l'Université de Cornell a présenté les
conclusions de l'étude qu'il a réalisée à
la demande des céréaliers français :
1. Les restitutions à l'exportation européennes
sont en pratique à peine plus distorsives sur les
marchés mondiaux que les aides marketing loan.
2. Le marketing loan américain a des effets déstabilisateurs
sur les marchés et il favorise la baisse des prix
alors que le prix d'intervention -en tant que tel-
n'est pas distorsif. Les distorsions dues au système
de soutien européen sont créées par les mesures
aux frontières (droits de douane, restitutions).
3. Les aides directes américaines classées en boîte
verte sont de fait peu découplées et ont des
effets perturbateurs sur les marchés. A l'inverse
les distorsions créées par les aides directes
européennes sont tempérées par le gel des terres.
En conclusion, les règles actuelles de l'OMC sont
inadaptées et pénalisent l'Union européenne dans la mesure où :
· Elles ne prennent pas en compte le réel pouvoir de distorsion de chacun
des instruments de politique agricole.
· Il n'existe pas de cohérence entre les trois volets de l'accord : accès
aux marchés, concurrence à l'exportation et soutien interne.
Si les débats ont été vifs et animés, les
arguments apportés par M. De GORTER n'ont pas été
rejetés sur le fond… Il faut donc continuer à
les faire connaître et à les promouvoir. Le débat
est lancé, les discussions à Genève sur ces
questions ont d'ores et déjà débuté.
Résumé de l'étude de M. De GORTER : cliquer
ICI
[AGPB - 17 juillet 2001]
|
 |