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| Economie céréalière Présentation
de l'agriculture ukrainienne | 1.
Environnement naturel, politique et macroéconomique
Le territoire
ukrainien s'étend sur 1300 km d'Est en Ouest et 900 km du Nord au Sud).
Il est traversé par le Dniepr et s'ouvre sur deux mers, la mer Noire et
la mer d'Azov.
 Pays
frontalier de l'Union Européenne, l'Ukraine est distante de 2000 km de
la France avec laquelle elle possède certaines similitudes (chiffres 2006)
:

L'Ukraine
a une économie diversifiée, mais est encore très dépendante
de la Russie et tributaire des industries de l'époque soviétique.
C'est un marché libre émergeant à forte croissance. Ses ressources
naturelles proviennent de l'agriculture (céréales, oléagineux,
noix, betteraves…) et des mines (fer, acier, uranium, potasse…).
Depuis
2000, l'Ukraine a connu un développement accéléré,
après 8 années de déclin suivant l'éclatement de l'URSS
en 1991. Président actuel : Victor Ioutchenko (pro-occidental), depuis
janvier 2005. Premier ministre : Ioulia Tymochenko (femme d'affaires et égérie
de la révolution Orange) depuis décembre 2007. Ministre de l'agriculture
: Yuri Melnik
Les facteurs lourds de l'évolution économique
sont les suivants :
- Les changements politiques : indépendance
en 1991, révolution Orange fin 2004 marquant un rapprochement avec l'occident,
situation politique compliquée et instable depuis lors
- Le rapprochement
avec l'OTAN, serpent de mer et source de confrontation avec la Russie
-
Le rapprochement avec l'UE : accord de partenariat et de coopération,
" accord renforcé " en cours de négociation, volonté
d'adhésion à l'UE, ce qui devrait prendre des années
-
L'adhésion à l'OMC, officiellement acceptée par l'OMC
le 4 février 2008. Elle devrait devenir effective à la fin du 1er
semestre, à l'issue du processus en cours de ratification interne.
2.
Agriculture ukrainienne
L'Ukraine a longtemps été
le grenier à blé de l'Europe puis de l'URSS et aspire à le
redevenir. L'agriculture est un secteur important qui " pèse "
17% du PIB. L'agriculture ukrainienne a un grand potentiel agronomique, susceptible
de couvrir les besoins alimentaires du pays et de dégager d'importants
excédents exportables. Le pays possède environ un tiers des terres
noires (les célèbres tchernoziums si fertiles, qui représentent
25% du territoire), et 27% des terres labourées en Europe.

Malgré
ce potentiel agronomique élevé, la production est fortement soumise
aux aléas climatiques. Le climat est continental tempéré
sur la majeure partie du territoire et de type méditerranéen sur
le littoral de la mer Noire et la péninsule de Crimée, plus exposés
aux sècheresses. On peut distinguer 3 grandes bandes agro-pédo-climatiques
du nord au sud, liées avant tout à la pluviométrie (et
non le gel) :
- La zone de forêt mixte au nord et à l'extrême
ouest, 20% du territoire, avec climat humide et sols acides de types podzols,
peu propices à l'agriculture
- La zone centrale de steppes boisées,
35% du territoire, bien arrosée (500 à 650 mm) avec ses tchernoziums
riches, la plus favorable à l'agriculture (céréales, betteraves…)
-
La steppe herbeuse au sud (40% du territoire), dont seule la partie au nord (de
la ligne Kirivograd-Dniepropetrovsk : 400 à 550 mm, tchernoziums pauvres)
est fortement agricole : oléagineux, blé et orge.
Il reste
des réserves de surfaces à utiliser, mais limitées (environ
2 Mha). Pour le reste, sur les 42 Mha de SAU (contre 30 en France), on constate
que la production agricole ukrainienne est très inférieure à
son potentiel pédoclimatique, avec par exemple des rendements de 15
à 30 q/ha de blé selon les années (1) alors que les 100 q
pourraient en théorie être allégrement dépassés.
Mis à part les aléas climatiques, c'est-à dire essentiellement
le risque de sécheresse, quatre facteurs limitants fondamentaux
expliquent cette situation :
- Le problème de la terre
: les terres, entièrement propriété de l'Etat sous l'ère
soviétique, ont été privatisées par la réforme
agraire depuis 1992, par distribution gratuite et largement égalitaire
(petits lots de quelques ha) aux travailleurs agricoles et ayants-droits. Mais
cette terre, si elle est privée, n'est cependant pas encore cessible.
Les anciens softkhoses et kolkhoses n'ont en fait jamais été démantelés,
les nouveaux exploitants louant la terre à des centaines de nouveaux propriétaires.
En attendant la légalisation du transfert de propriété, annoncée
et reportée d'année en année, ce blocage génère
plusieurs effets pervers qui handicapent la production : attentisme et sous-investissement
des grands exploitants preneurs à bail, qui subissent l'insécurité
foncière et attendent de pouvoir acheter (ils seront théoriquement
prioritaires); et spéculation forcenée de la part de riches
individus ou sociétés, agriculteurs ou non, qui louent tout ce qui
est disponible sans nécessairement l'exploiter, pour acquérir le
droit d'acheter dans le futur (2). Ce qui bloque l'agrandissement des " vrais
" exploitants et explique qu'une dizaine de Mha sur 42 sont sous-exploités.
-
Le manque structurel de trésorerie et de capitaux pour acheter des
intrants et pour l'investissement, d'où une faible utilisation d'engrais,
phytos et semences certifiées, et une grande vétusté du matériel
et des équipements.
- Le problème logistique, lui aussi
structurel : transports défaillants de l'intérieur vers les
ports d'expédition sur la mer noire. Le stockage à la ferme est
précaire et de très mauvaise qualité, d'où des pertes
importantes. Quant aux silos portuaires, de grande capacité, les pertes
qui ont suivi la mise en place de quotas d'exportation fin 2006 montrent qu'ils
sont loin d'être fiables.
- L'augmentation récente des
prix des intrants, 40% en un an, empêche en partie la productivité
de réagir positivement à la hausse des prix agricoles : si les phytos
ont été " sages ", les prix des engrais ont plus que doublé,
et les prix des carburants et semences ont fortement augmenté.
Il
existe donc d'énormes marges de progrès pour la production et, vu
l'incertitude politique, il est difficile de prévoir à quelle vitesse
l'Ukraine pourrait devenir le " géant agricole " qu'elle devrait
être. (1) : Typiquement en blé : en France, semis à
1,5 q/ha et rendement de 70 q/ha ; en Ukraine, semis à 2,5 q/ha et rendement
de 20 q/ha (2) : C'est actuellement la " ruée sur la terre "
et il est de plus en plus difficile de trouver des contrats de location à
long terme : si on pouvait " ramasser " 4000 à 5000 ha il y a
quelques années, désormais il est difficile d'en trouver 1000 à
2000. Cette course aux surfaces s'explique soit par une volonté de valoriser
le potentiel de production, soit par une optique de spéculation (les terres
coûtent 400 $/ha actuellement, le prix pourrait grimper à plusieurs
milliers de $ d'ici la levée du moratoire sur l'interdiction de vente de
la terre).
3. Spécialisation agricole
et échanges extérieurs
L'élevage,
autrefois très important en Ukraine, a été totalement sinistré
depuis l'indépendance, à cause de la fermeture du marché
russe, de la petite taille du marché intérieur liée au faible
pouvoir d'achat, et des besoins de trésorerie qui ont conduit les éleveurs
à décapitaliser sur le cheptel. Depuis, l'élevage de bovins
viande n'a jamais redémarré. La production laitière, très
faible, est en croissance à cause de la nouvelle demande industrielle et
la limitation des importations. La production porcine est en redéveloppement.
Mais la grande gagnante est l'aviculture, qui s'est entièrement
reconstruite et fournit l'essentiel de la consommation de viande de la population.
Mais
l'Ukraine, qui mise d'abord sur son potentiel végétal, s'est spécialisée
sur les grains (céréales et oléo-protéagineux)
où elle se positionne en fournisseur et exportateur majeur de matières
premières plus qu'en transformateur.
Les produits agricoles
et agroalimentaires représentent une part prépondérante des
exportations ukrainiennes. Durant les cinq dernières années, l'Ukraine
est passée d'importateur net à exportateur net de produits alimentaires.
En 2005, les exportations agricoles ont dépassé 4 milliards USD,
et leur croissance se poursuit.
L'Ukraine est d'abord un producteur majeur
de céréales, principalement blé er orge.
En blé,
les surfaces sont de l'ordre de 7 Mha et la production varie entre 18 Mt les bonnes
années, et presque rien les mauvaises comme la campagne commerciale 2003-2004.
La consommation intérieure représente 7Mt " incompressibles
" (meunerie et semences), plus une alimentation animale qui s'adapte au disponible
jusqu'à 4Mt. Lorsque la production dépasse les 11 MT, le solde est
exporté, ce qui a représenté 0 à 6,5 Mt ces 5 dernières
années. Si les exportations sont aléatoires, la qualité
l'est aussi. On ne peut pas parler de blé " meunier " ou
" fourrager " puisque, comme le blé anglais, l'ukrainien peut
être de qualité entièrement meunière certaines années
et entièrement fourragère d'autres années. C'est moins la
teneur totale en protéines qui est en cause que la qualité boulangère
(W…), à cause d'une teneur en gluten très variable
en fonction des attaques de pucerons et de punaises, en l'absence de traitements
insecticides sur la culture.
L'orge occupe 4 à 5 Mha et sa production,
un peu moins variable que le blé, fluctue entre 6 et 12 Mt. La quasi-totalité
est de qualité fourragère, consommée dans l'alimentation
animale locale jusqu'à 5- 6 Mt. Au-delà, le surplus est exporté
ce qui, à la différence du blé, implique un courant structurel
d'exportations qui a dépassé 5 Mt en 2006-2007.
Le maïs,
qui couvre 1,6 à 2 Mha, représente 6 à 7 Mt de production
dont 1 à 2,5 Mt exportées.
Le droit d'importation en blé
et orge dans l'UE, consolidé mais plafonné en fonction du prix américain
depuis l'accord de Marrakech dans les années 90, a permis une forte importation
ukrainienne dans les années 2000, en particulier de blé fourrager
vers l'Espagne. Depuis 2001-2002, l'UE a déplafonné le droit mais
introduit un contingent à droit réduit (toutes origines) de 2,38
Mt de blé de qualité moyenne/ faible et 0,31 Mt d'orge, et les exportations
ukrainiennes se sont redirigées vers d'autres destinations. Le blé
et l'orge d'Ukraine sont des concurrents majeurs des produits européens
sur le marché mondial. En 2006, l'Ukraine était le premier exportateur
mondial d'orge et le 8ème pour le blé (après US, CA, UE,
AU, AR, RU, KZ).
Mais, depuis la fin 2006, la situation a totalement changé
pour les exportations ukrainiennes de grains. D'abord à cause d'une récolte
de blé faible en 2006 puis 2007. Ensuite à cause de la hausse des
cours mondiaux à partir d'avril 2007. Résultat : les autorités
Ukrainiennes, qui réclamaient en 2004 à l'UE une augmentation des
contingents, ont introduit des quotas à l'exportation de grains
à l'automne 2006 (avec même un embargo sur le blé), dans le
but de limiter la hausse des prix intérieurs. Des quotas ont été
réintroduits à l'automne 2007 pour la période 01.11.2007-31.03.2008
(1.2 Mt dont 600 kt de maïs, 400 d'orge et 200 de blé fourrager).
Ils n'ont été attribués que tardivement (04.02.2008), et
un supplément de 1.7 Mt (2.9 au total) est envisagé jusqu'à
juin.
Le système actuel des quotas à l'exportation d'Ukraine
pose 2 problèmes qui font douter de leur pérennité :
-
Le système d'attribution des licences est pour le moins peu transparent
-
Les quotas sont en contradiction avec les règles de l'OMC, ce qui les rend
difficilement " tenables " depuis le 4 février 2008.
Les
oléagineux constituent aussi une spécialisation ancienne de l'Ukraine,
avec une présence historique du soja et récente du colza, et surtout
une forte position de producteur de tournesol et d'exportateur majeur d'huile
de tournesol. Le tournesol, qui couvre environ 4 Mha avec une production de
graine de 4 à 6 Mt selon les années, est presqu'entièrement
trituré sur place. L'huile (2 Mt par an de production) est exportée
pour environ 2/3. Cet hiver, à cause d'une récolte 2007 faible (4,85
Mt), les stocks de graines sont vides et le gouvernement envisageait d'imposer
pour la première fois un quota sur les exportations. Depuis l'accession
à l'OMC le 4 février 2008, l'idée semble abandonnée.
Mais
c'est surtout le colza qui fait l'actualité oléagineuse des dernières
années. Culture quasi absente avant 2000, sa surface a doublé
tous les ans depuis les 200 000 ha de 2005-2006, pour atteindre 1,8 Mha semés
sur la campagne actuelle. Contrairement au tournesol, la graine de colza (1,2
Mt à la récolte 2007, 2,4 Mt prévues en 2008) n'est quasiment
pas triturée sur place et presqu'entièrement exportée
pour satisfaire la demande émergente de biodiesel de l'UE. Cette culture
est fortement encouragée par le gouvernement (subvention de 20 $/ha en
colza d'hiver), qui vise une production de 7.5 Mt de colza en 2010 dont 75% serait
écrasés localement. Les experts prédisent une continuation
de la croissance phénoménale du colza en Ukraine, à cause
de sa bonne rentabilité, et ce malgré les pertes importantes dues
au gel des semis d'hiver (30 à 40 %), resemées au printemps.
[AGPB
- 25/02/08]
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