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Economie céréalière
Sécheresse et céréales : les démarches
effectuées par l'AGPB |
I - Lettre des Présidents de l'AGPB,
de l'AGPM et de la FOP au Ministre de l'Agriculture, le 22 août
2003
Monsieur le Ministre,
Nous tenons à attirer votre attention sur la situation
extrêmement difficile dans laquelle se trouve un grand
nombre d'exploitations agricoles de notre secteur qui, comme
les autres, a été gravement affecté par
les conditions météorologiques catastrophiques
de cette année. L'impact de la sécheresse, sensible
aussi sur nos productions et s'ajoutant au gel de printemps
dans bien des régions, affecte le revenu des producteurs
de cultures arables.
Face à la gravité de cette situation que vous
avez pu d'ailleurs constater lors de vos différentes
visites sur le terrain, le Gouvernement a décidé
la tenue d'une Conférence agricole le 22 août prochain
afin d'examiner, avec les représentants de la profession,
les mesures qu'il convient d'adopter pour répondre à
l'urgence des demandes.
Dans ce cadre, au-delà des mesures déjà
demandées par la profession et pour les conforter, un
des tous premiers impératifs nous semble être la
mise en place de mesures de soutien, notamment sous forme d'aides
à la trésorerie, pour toutes les exploitations
en difficulté. Afin de les financer et sans vouloir être
exhaustifs, nous vous demandons la possibilité d'utiliser
cette année, à titre exceptionnel, la partie des
crédits nationaux et communautaires destinés aux
nouveaux CAD, tout comme de recourir aux fonds issus de la modulation
(plus de 200 millions d' €), toujours " bloqués
" au niveau européen.
Il nous semble en effet nécessaire que nos actions portent
prioritairement sur les mesures les mieux à même
d'apporter une réponse immédiate aux besoins des
producteurs afin de leur permettre de faire face aux échéances
à venir. C'est ainsi que nous pourrons réellement
défendre la pérennité de nos exploitations,
donc l'emploi et l'installation des jeunes.
En vous remerciant de votre attention, nous vous prions de
croire …
II - Note à la FNSEA pour la préparation
de la rencontre
chez le Premier Ministre le 22 août 2003
La sécheresse frappe durement l'ensemble de l'agriculture
française. Les céréaliers ne font pas exception.
Ils sont doublement touchés par la sécheresse
et par le gel qui l'a précédée. Ils connaissent
des baisses de rendement importantes (de 15 à 30% et
pouvant aller jusqu'à 50% selon les régions et
les productions) qui vont mettre en péril des exploitations
fragilisées par quatre années de très mauvais
résultats.
Cette situation dramatique appelle des mesures d'urgence.
LES FAITS :
1 - Productions touchées par la sécheresse
:
Blé tendre : selon les premiers résultats,
encore provisoires, de notre enquête, le rendement moyen
français atteindrait 67 q/ha, par rapport à 76
q/ha pour la récolte 2002, soit une baisse de près
de 12%. La baisse de rendement affecte inégalement les
régions, un gradient semblant se dessiner des côtes
de la Manche, moins touchées, vers l'intérieur
du pays. La diminution de rendement pourrait atteindre assez
souvent 40%, 50% même dans quelques cas exceptionnels.
Du sud vers le nord, on constate les situations suivantes :
La baisse atteint 20% en moyenne pour toute la zone Sud Ouest
et 10 à 40% pour la zone Sud Est, compte tenu des fortes
disparités géographiques de cette grande région.
Elle est de 30% pour la plupart des départements d'une
grande zone transversale qui couvre la région Poitou-Charentes,
le sud des Pays de Loire, l'ensemble de la région Centre,
la Bourgogne, la Franche Comté, la Lorraine et l'Alsace.
Elle atteint également 10% en moyenne pour les départements
du Bassin Parisien, de la Picardie et de la région Champagne-Ardennes.
La baisse semble plus faible pour les départements de
la bordure maritime, de la Basse Normandie à la région
Nord-Pas de Calais.
Au plan national, la production de blé tendre est donc
en forte baisse : autour de 31 Mt pour cette récolte
par rapport à 37,4 Mt en 2002, soit une perte de plus
de 6 Mt d'une valeur voisine de 100 €/t.
Blé dur : pour les départements concernés,
les rendements sont en baisse de 5 à 40%, le rendement
moyen national étant évalué autour de 43q/ha
contre 48 en 2002, soit en baisse de 10%. La production est
estimée actuellement autour de 1,5Mt contre 1,62 Mt en
2002.
Orge d'hiver : le rendement moyen national est estimé
à environ 60q/ha contre 70 q/ha en 2002, soit une baisse
de près de 15%.La production tombe à environ 6,4
Mt, contre 8 Mt. Comme pour le blé tendre, les baisses
de rendement varient de -15% à -45%.
Orge de printemps : la baisse du rendement moyen national
est de l'ordre de 6% -57q/ha contre 60,8 pour la récolte
précédente- les baisses de rendement atteignant
jusqu'à -30% pour les départements les plus touchés.
2 - Départements touchés par le gel :
De plus, un certain nombre de cultures d'hiver ayant échoué
à cause du gel, elles ont été remplacées
par des cultures de printemps, d'où coûts supplémentaires
et moindre productivité.
C'est le cas notamment pour les départements les plus
touchés -Charente Maritime, Cher, Eure et Loir, Côte
d'Or, Indre et Loire, Loiret, Nièvre, Vienne, Yonne-
où 110 000 ha de blé tendre ont été
remplacés par 102 000 ha d'orges de printemps.
LES CONSEQUENCES :
Pour l'ensemble des producteurs français de céréales,
cette situation entraîne une perte de recettes nettes
estimée autour de 600 Millions d'euros pour le blé
tendre. Toutes céréales à paille, la perte
peut être estimée aujourd'hui à près
d'un milliard d'euros.
La baisse des recettes qui en découlera ne permettra
pas pour un grand nombre de producteurs de couvrir les charges
d'exploitation et encore moins de dégager un revenu.
Les revenus des producteurs vont donc de nouveau subir une baisse
importante. Il faut en effet rappeler que les revenus des producteurs
spécialisés en céréales ont fondu
de plus de moitié en 5 ans comme l'a montré l'analyse
des comptes de 1700 exploitations céréalières
de la région Centre, présentée lors du
congrès de l'AGPB à Toulouse.
Dans ces conditions, il n'est pas étonnant que le moral
des producteurs soit au plus bas dans toutes les régions.
L'attitude de la Commission européenne, qui interdit
quasiment toute exportation de céréales pour peser
sur les prix de marché, ne fait que renforcer leur découragement.
Cette position est incompréhensible. En effet, malgré
le recul de la production européenne, les bilans prévisionnels
d'utilisation des céréales dans l'Union européenne
laissent toujours apparaître un excédent de plusieurs
millions de tonnes. La situation intérieure n'est donc
pas si catastrophique qu'il faille empêcher le marché
de jouer son rôle, ainsi que le prévoyaient pourtant
les préambules de la réforme de 92, d'Agenda 2000
et de la réforme adoptée fin juin 2003.
Il est inadmissible qu'il faille plus d'un an pour arrêter
des importations d'Ukraine qui ont profondément déprimé
les prix des deux dernières campagnes et quinze jours
pour décider de stopper une hausse qui ne s'est pas encore
matérialisée. Quel est le jeu de la Commission
?
Une première priorité est donc de rétablir
le fonctionnement normal des marchés.
Le gouvernement a par ailleurs décidé d'avancer
50% du paiement des aides à la surface au 16 octobre
pour 59 départements. Cette mesure doit être saluée,
mais il faudrait la compléter afin de faire face aux
situations individuelles dramatiques qui ne sont pas toutes,
loin de là, localisées dans ces 59 départements.
C'est pourquoi, en deuxième point, nous demandons à
nouveau, comme mesure spécifique pour le secteur céréalier,
en complément des mesures générales (1),
la possibilité d'un remboursement des frais financiers
pour des avances de trésorerie entre le 1er septembre
et le 16 novembre, sollicitées au cas par cas par les
producteurs en ayant réellement besoin sur l'ensemble
du territoire.
(1) Mise en place d'un fond d'allègement
des charges, dégrèvement de la taxe sur foncier
non bâti (comme cela se pratique régulièrement
dans de telles circonstances exceptionnelles), report et étalement
des cotisations sociales, assouplissement des conditions d'accès
au fond de calamités agricoles sont autant des moyens
qui permettraient d'aider à surmonter les difficultés
de cette année.
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AGPB-26/08/03]
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