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Economie céréalière
Protéines végétales : de l'intérêt de l'utilisation de blé et de drêches de blé en alimentation animale, avec apport d'acides aminés

1) Méthionine, lysine, thréonine et tryptophane sont quatre acides aminés indispensables à la croissance des animaux. Ils sont présents naturellement dans les aliments donnés aux animaux, mais insuffisamment pour certains et, le plus souvent, selon des ratios entre eux qui ne favorisent pas spontanément la meilleure assimilation des protéines.

D'où un besoin de complémentation par des acides aminés obtenus par fermentation ou/et par des acides aminés de synthèse.

Par exemple, même si le soja est riche en acides aminés -notamment en lysine- il faut systématiquement y ajouter de la méthionine.

2) En favorisant une bonne assimilation des protéines, la satisfaction des besoins en acides aminés des animaux permet de réduire le taux protéique de leurs aliments. Le risque de gâchis de ces protéines, qui a pour conséquence le rejet d'azote (N) via leurs déjections, se trouve ainsi limité. D'où amoindrissement de la pollution de l'eau par les nitrates et de la pollution de l'air par l'ammoniac (NH3).

Cette réduction est importante : une diminution d'un point du taux protéique peut entraîner une diminution de 10% des rejets d'azote en élevage de porc et de volaille. A noter à ce sujet que les Pays-Bas se sont fixés comme objectifs de diviser par 10 les rejets d'azote entre 1990 et 2010.

3) Raisonner davantage l'alimentation des animaux en termes d'acides aminés qu'en termes de contrainte protéique suppose de bien connaître leurs besoins en acides aminés. C'est déjà le cas pour les porcs. Pour les volailles, la connaissance progresse.

4) A partir du moment où la contrainte protéique diminue, d'autres types d'aliments, à moindre teneur en protéines, peuvent être en partie substitués à du soja.

C'est le cas du blé et des drêches de blé, co-produits obtenus dans les distilleries d'alcool de blé, tel le bio-éthanol, après extraction de la fraction amidon nécessaire à la production de cet alcool. En traitant en distillerie la production d'un hectare de blé, on obtient en volume 2 à 3 tonnes d'équivalent-tourteau, autant qu'avec un hectare de soja américain. Aujourd'hui, le volume de drêches disponibles dans l'U.E. s'élève à 200 000 tonnes environ. A l'avenir, avec une politique européenne visant à une large utilisation des bio-carburants, le chiffre pourrait atteindre 3 millions de tonnes au moins. C'est une hypothèse raisonnable, si l'on considère qu'aux Etats-Unis, 6,8 Mt de drêches de maïs (" corn distillers ") sont issues de la production de bio-éthanol.

5) Le recours à des formules alimentaires qui feraient davantage appel à des produits céréaliers soulève la question du développement de la production d'acides aminés en Europe.

A l'heure actuelle, la production de lysine est en forte proportion réalisée par les Etats-Unis. Il faut éviter de sortir d'une dépendance -celle du soja- pour retomber dans une autre. Cela suppose que les producteurs européens d'aides aminés puissent travailler à partir d'une matière première céréalière européenne aussi compétitive que la matière première travaillée par leurs collègues d'Outre-Atlantique.

Se pose alors à nouveau la question du niveau des restitutions intérieures accordées par la Commission européenne pour la transformation de matières premières européennes sur le territoire des Quinze. Plus globalement, c'est aussi de la remise en cause à l'OMC de la politique céréalière américaine qu'il s'agit, puisque celle-ci tend à faire baisser très fortement les prix de marché au-dessous des coûts de production des agriculteurs.

Les principaux acides aminés consommés dans l'U.E. sont la lysine, avec 150 000 tonnes par an, et la méthionine, avec 70 000 tonnes (pour comparaison, le marché mondial de la thréonine s'élève à 25 000 tonnes et celui du tryptophane à 1000 tonnes).

a) Sur les 150 000 tonnes de lysine consommées chez les Quinze, 60 000 sont produites sur le territoire de l'U.E. par Eurolysine (qui appartient aux groupe AJINOMOTO, après avoir appartenu à Orsan) et la société allemande Degussa-Hüls. Les 90 000 autres sont importées des Etats-Unis (ADM) et, dans une moindre mesure, d'Indonésie (Cheil Jedang).

A noter qu'en 1999, les parts respectives d'ADM et d'Eurolysine sur le marché mondial étaient respectivement de 34% et 29%.

ADM produit uniquement aux Etats-Unis. Eurolysine produit en Europe, aux Etats-Unis, au Brésil, en Chine et en Thaïlande. Degussa-Hüls (2% du marché mondial) produit aussi aux Etats-Unis, Kyowa Hakko (10% du marché mondial), également.

En 1997, les Etats-Unis, réalisaient 45% de la production mondiale et l'U.E, 15%.

b) Pour la méthionine, dont la fabrication n'exige aucun recours à une fermentation, contrairement à la lysine, les volumes produits dans le monde sont à peu près équivalents à ceux de lysine, avec environ 400 000 tonnes par an. En 1997, les Etats-Unis produisaient 47% de ce volume, l'U.E. 35% et le Japon 13,5%

La proportion de la production mondiale de méthionine consommée en Europe n'est que de 17,5% contre 37-38 % pour la lysine.

En 1997, Degussa-Hüls était le premier producteur mondial de méthionine et Rhône-Poulenc le deuxième.

[AGPB - 20 mars 2001]

 

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