

| Salon de l'Agriculture Discours
devant Michel BARNIER, Ministre de l'Agriculture - Mardi 26 février 2008
| Monsieur le Ministre,
nous sommes d'accord avec vous sur pas mal de points, notamment sur un défi
commun : celui de " produire plus et mieux ". Cet objectif nous
le faisons nôtre depuis de nombreuses années, le point zéro
ne date pas, pour nous, du Grenelle de l'Environnement, mais de près d'une
demie génération. Nous avons adapté la dose des intrants
(-30 à -50 %) aux besoins de nos plantes aussi bien au regard de l'alimentation
de celle-ci que de la nécessité de les protéger en fonction
des maladies et des ravageurs. Et heureusement que nous avons appliqué
cette politique, car avec la hausse du prix des intrants et la baisse du prix
de nos produits ces dernières années, notre revenu aurait été
négatif. L'objectif du respect de l'environnement passe en tout
premier lieu par l'amélioration de la qualité de l'eau. Les
causes les plus importantes de pollution des eaux ne sont pas forcément
liées à ce qui se passe au champ, mais surtout autour du champ,
dans la cour de ferme, voire par ruissellement. De nombreux travaux ont
été réalisés pour maîtriser les risques de transfert
des produits, les améliorations sont indiscutables, elles ont été
testées avec succès sur plusieurs bassins versants. L'application
de ces méthodes est donc désormais possible à grande échelle,
notamment en priorité dans les bassins d'alimentation de captage, afin
de concilier productivité agricole et qualité des eaux. Je vous
propose, Monsieur le Ministre, de vous trouver un département pilote qui
pourrait appliquer cette méthode sur l'ensemble de son territoire, si vous
pouvez nous trouver le budget nécessaire à sa mise en œuvre. Nous
avons bien conscience, en matière d'environnement, qu'il nous faut poursuivre
nos efforts avec l'appui des scientifiques, de la recherche, de l'innovation,
des biotechnologies, sans doctrine, mais avec du bon sens, avec détermination
mais sans précipitation car il nous faut du temps pour réussir.
Faites nous confiance et ne nous laissez pas sans solution alternative. On
a parlé du mieux, il nous faut maintenant ne pas oublier de parler du "
produire plus ". Nous avons apprécié certains propos
du Président de la République, surtout ceux concernant l'OMC. Vous
savez que nous partageons ce point de vue avec vous et, Monsieur le Ministre,
compte tenu des chances agronomiques et climatiques dont dispose notre pays, c'est
un devoir de produire plus. En effet, dans le contexte de hausse de la demande
en France, en Europe et surtout dans le monde, lié à l'alimentation,
à la hausse du niveau de vie et aux usages non alimentaires, nous devons
participer à ces demandes. Le projet Euro méditerranée
que souhaite une partie de l'Europe, et en particulier le Président de
la République, ne pourra se faire sans que nous soyons capables de fournir
de manière régulière nos produits en quantité et en
qualité. Les pays du bassin méditerranéen ont des besoins
importants, nous devons être leur principal fournisseur. Pour ce faire nous
avons besoins de garder nos moyens de production. Là aussi nous prenons
le pari du Président de la République : même réglementation
et même traitement pour les phytos comme pour les OGM dans tous les pays
européens, en gardant à l'esprit que ce serait paradoxal d'autoriser
des importations sans autoriser la culture, ce qui nous conduirait à terme
à nourrir nos animaux uniquement avec des produits d'importation. Pas
d'avenir non plus sans la recherche de toujours plus de compétitivité,
c'est une nécessité et cela fait partie des ambitions liées
à la stratégie de Lisbonne. Ceci implique de ne pas désarmer
tant que nos concurrents ne le font pas, je veux parler des aides en particulier.
Quand en 1996 les prix des grains ont augmenté, les américains ont
pensé que cela serait durable et ils ont réformé leur farm
bill en baissant les aides. Deux ans plus tard les marchés se sont inversés
et ils sont revenus à leur farm bill précédent. Le projet
de reconduction en 2008 de leur farm bill, qui maintient les aides malgré
la conjoncture des prix, montre bien qu'ils veulent continuer à rester
offensifs sur les marchés. La hausse des prix sur le marché
mondial des grains incite certains en Europe à penser que l'on pourrait
désarmer, sauf que, quand les marchés se retourneront, notre manque
de souplesse budgétaire empêchera toute possibilité de revenir
en arrière et il pourrait s'en suivre une hécatombe chez beaucoup
de producteurs. Moderniser, adapter ce qui existe, oui, la profession est
ouverte à des réflexions et des propositions. Mais n'oublions pas
que la conjoncture de cette année est exceptionnelle. Nous sommes très
sensibles à la situation de nos amis éleveurs et si c'est important
pour eux d'avoir des matières premières le moins cher possible cela
implique une production abondante et compétitive. C'est pourquoi nous avons
besoin de tous nos instruments de marchés efficaces pour réguler
ceci. Nous sommes dans un marché mondial et nous sommes d'accord
pour nous ouvrir de plus en plus à la concurrence, comme le souhaite le
Président de la République, mais à armes égales. Il
ne faut pas céder si les autres ne cèdent pas. L'avenir pour
nos productions est plein d'opportunités, mais pour cela nous devrons rester
compétitifs, pour cela le plus ne doit pas être l'ennemi du mieux
et nous ne laisserons pas les " anti-croissance " nous imposer leur
loi. Pour tout cela, Monsieur le Ministre, nous avons besoin de votre soutien.
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AGPB - 26/02/08 ]
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