Note de présentation générale
 


Conférence de presse
Présentation du 81ème Congrès de l'AGPB
Lille 8 et 9 juin 2005



L'AGPB s'est prononcée l'année dernière en faveur du découplage total partiel, car, pour elle, l'avenir de ses adhérents passe avant tout par la production et elle considérait que le découplage total constituait une menace pour la production.

Elle réaffirme que la possibilité de ne pas produire induite par le découplage total peut provoquer une déstabilisation de l'amont et de l'aval, laquelle porterait atteinte à la rentabilité des producteurs restants, les amenant ainsi à cesser de produire : un cercle vicieux serait créé. Par ailleurs, les fluctuations de production liées au découplage total seraient de nature à remettre en cause les organisations de marché, donc, là encore, la production. Enfin, la pérennité des paiements directs ne serait pas davantage assurée parce qu'ils seraient découplés à 100%. L'expérience a montré que les paiements totalement découplés pouvaient être attaqués à l'OMC. Quant à l'acceptabilité sociale, à terme, de paiements sans acte de production, elle est loin d'être acquise.

Au jeu du découplage total, les agriculteurs pourraient par conséquent se trouver un jour complètement nus, incapables de renouer avec la production au niveau de compétitivité exigé. Au moins le découplage partiel, en assurant un ample maintien des infrastructures de production et de commercialisation, permet-il aux agriculteurs de conserver des chances pour l'avenir.

Le choix du découplage partiel par l'AGPB a d'autant plus de sens que les marchés se développent : marchés de l'alimentation humaine et de l'alimentation animale ; marchés de l'agro-industrie et des bio-énergies.

Les céréaliers français et européens ne sont certes pas les seuls à vouloir répondre à ces besoins. Il est clair que la concurrence se durcit. Ils le savent. La nouvelle PAC, même conduite du mieux possible, et les règles futures de l'OMC, quand bien même, elles seraient parfaitement équilibrées, le voudront ainsi. Cela signifie qu'il va leur falloir être capables d'abaisser encore leurs coûts de production et, également, savoir gérer des risques-revenu accrus. Dans le même temps ils auront aussi à répondre à des sollicitations nouvelles de la société, sources de contraintes supplémentaires, mais également d'opportunités.

Pour l'AGPB, cela engage les agriculteurs et leurs exploitations dans une véritable mutation.

Les producteurs seront d'autant plus nombreux à être maîtres de leurs destinées sur ce nouveau chemin :

que leur travail s'inscrira dans une stratégie de développement de débouchés performante (Ière partie du rapport),

que la nouvelle PAC sera mise en œuvre avec dynamisme et sérénité (IIème partie),

que le cadre législatif français favorisera toutes les nouvelles approches dont ils ont besoin (IIIème partie).

Ière partie - Conserver et développer nos débouchés

1) Une stratégie de développement de débouchés performante passe d'abord par la conclusion d'accords commerciaux internationaux équilibrés.

Au terme des négociations de l'OMC, la production céréalière européenne devra donc bénéficier des mêmes soutiens à l'exportation et protections à l'importation que ceux dont bénéficieront les productions concurrentes. Au nombre de ces soutiens aux productions concurrentes, l'AGPB comptabilise les avantages de change. A l'exportation, l'Europe devra donc pouvoir disposer de mécanismes correctifs de variations monétaires et à l'importation, ses tarifs douaniers ne devront pas descendre au-dessous d'un certain niveau.

En ce qui concerne les négociations UE-Mercosur, aucune concession sur le bioéthanol ne devrait permettre d'en importer plus d'un pourcentage donné de la production européenne. L'inverse serait particulièrement incohérent au regard des efforts entrepris depuis quelques mois par l'UE et par les Etats-membres pour développer cette production.

2) Sur la base d'accords commerciaux internationaux équilibrés et en comptant bien que la Commission européenne fasse valoir tous les droits qu'ils lui donneront, l'AGPB estime que les performances de la filière céréalière française à l'exportation peuvent être accentuées en agissant sur plus plusieurs plans.

Par exemple, quand bien même il n'existera jamais de board en Europe, il faut que la filière s'assure d'un degré de disponibilité de la marchandise qui permette à tout moment de saisir les possibilités de vendre.

Par exemple encore, il lui faut jouer toujours plus les cartes de la qualité, en mettant en particulier l'accent sur le travail variétal.

3) L'autre axe majeur de développement des débouchés de nos céréales, c'est de devenir des fournisseurs d'énergie à part entière.

Le dossier du bioéthanol est bien sûr à cet égard le plus connu. C'est également le plus avancé en ce qui concerne le développement de la production. En 2010, sur la base du taux d'incorporation de 5,75 % de biocarburants dans les carburants conventionnels, 300 000 hectares de blé - en tenant compte de l'augmentation des rendements- pourraient être dédiés à la production de bioéthanol en France,.

L'utilisation de grains, paille et céréales plantes entières pour les production de chaleur et d'électricité offre également des perspectives importantes en termes de débouchés. Le développement du chauffage aux grains, et surtout, la production de 2% de la consommation nationale d'électricité par cogénération pourrait mobiliser la production de 800 000 autres ha de céréales, en tenant compte de l'augmentation des rendements. Rappelons que les Pouvoirs publics entendent passer de 14 % d'électricité d'origine renouvelable actuellement à 21 % en 2010.

En ajoutant à tous ces besoins ceux qui résulteront de l'incorporation de biodiesel en 2010, soit la production de 1 300 000 ha d'oléagineux, les scopeurs pourraient disposer cette année là de débouchés pour toutes leurs surfaces, jachère réglementaire incluse.

Tout cela suppose diverses impulsions des pouvoirs publics, assorties de l'adoption de mesures fiscales, réglementaires et douanières (bioéthanol) adaptées. Rappelons que l'évolution du régime d'exonération fiscale des biocarburants au-delà de 2007 n'est pas chose acquise, que la question de l'accès du bioéthanol au marché de l'essence se heurte encore à d'importants blocages et qu'il n'y a eu jusqu'à présent qu'un appel d'offres du Gouvernement pour la production d'électricité à partir de la biomasse.

IIème partie - Pour une application dynamique et sereine de la nouvelle PAC

1) Les producteurs de céréales développeront d'autant plus leurs débouchés que les paiements directs de la PAC leur permettront de lutter avec des concurrents puissamment soutenus ou soumis à beaucoup moins de contraintes. C'est toute la problématique de l'évolution des ressources du 1er pilier de la PAC qui est posée là. Il est clair que les décisions que sont appelés à prendre les Chefs d'Etat et de Gouvernement de l'UE au Conseil européen des 16 et 17 juin pourraient tout à fait aboutir au même déséquilibre qu'un mauvais accord-improbable- sur les soutiens internes à l'OMC. Les agriculteurs européens verraient alors leurs paiements directs régresser davantage que ceux de leurs concurrents. Les céréaliers ne peuvent admettre d'être pénalisés parce que les Etats-membres ne voudraient pas assumer les conséquences de leur décision d'étendre la PAC à de nouveaux pays. Il est inconcevable que la PAC soit condamnée à dépérir au rythme des élargissements de l'UE.

2) De la même manière, les producteurs de céréales et d'oléoprotéagineux demandent que le prélèvement effectué au titre de la modulation sur leurs paiements soit effectivement réattribué à leur secteur
- pour y développer des mesures agro-environnementales et des dispositifs de gestion des risques,
- pour y concourir à la mise aux normes des exploitations et y contribuer à la diffusion d'outils de pilotage des cultures et d'aide à la décision.

C'est dans cet esprit qu'a été conçue la modulation de la nouvelle PAC. Si les fonds du second pilier attribués aux pays de l'ex UE à 15 devaient régresser, comme le propose la Commission dans ses perspectives financières 2006-2013, il ne faudrait pas que le retour de la modulation serve à suppléer purement et simplement les crédits disparus.

3) Outre l'évolution du financement de la PAC, les règles d'attribution et de gestion des DPU, ainsi que de mise en œuvre de la conditionnalité, auront un fort impact sur la capacité concurrentielle des exploitations.

L'AGPB prend acte des évolutions intervenues depuis quelques semaines à propos de la méthode d'attribution des DPU. En ce qui concerne le taux de prélèvement au profit de la réserve nationale, pour lequel l'incertitude est entière, elle demande qu'il soit nul. Elle estime en effet que les marges de manœuvre de cette réserve (DPU non demandés, DPU en déshérence du fait de la diminution des terres agricoles) devraient suffire si les conditions d'attribution de DPU pour installation et situations spéciales sont définies sans laxisme. Il conviendra de raisonner également de cette manière après 2006 pour réexaminer l'opportunité de maintenir la taxation à 3 % des transferts de DPU avec foncier.

4) En ce qui concerne la mise en œuvre de la conditionnalité, l'AGPB estime que d'autres améliorations peuvent encore intervenir après celles qui ont été déjà annoncées. Certains Etats (Pays-Bas, Irlande) ont demandé à la Commission européenne la possibilité de ne pas sanctionner diverses anomalies si les agriculteurs se mettaient rapidement en situation conforme à la suite des contrôles. La France serait bien inspirée d'en faire autant et de demander également que certaines défaillances ne donnent lieu qu'à avertissement dans un premier temps. Les céréaliers soutiennent aussi la proposition parlementaire de remplacer certaines sanctions par la participation à un stage de formation sur la conditionnalité.

IIIème partie - De nouvelles approches pour l'économie des exploitations

1) Ces dernières années, des exploitations céréalières se sont engagées dans des modes d'organisation du travail rompant assez radicalement avec les schémas habituels. La mutation qu'ont entreprise ces pionniers devrait de plus en plus s'étendre. Compte tenu des évolutions économiques et sociétales, les exploitants auront à mettre en œuvre une nouvelle rationalité dans leur organisation pour :

parvenir à des économies d'échelle sur les charges de matériel et de main d'œuvre leur permettant à nouveau de diminuer significativement leurs coûts,

assumer la gestion de tâches de plus en plus nombreuses et complexes à la fois,

saisir toutes les opportunités qui se présenteront de diversifier leurs activités, un moyen d'optimiser le revenu et de gérer en interne des risques supérieurs.

En ce sens, l'AGPB regarde d'un œil très favorable le regroupement d'exploitants sur des surfaces rassemblées pour être travaillées en commun, soit dans le cadre de sociétés, soit dans le cadre de formules moins intégrées juridiquement.

Il sera indispensable que la future loi d'orientation soit en phase avec cette mutation des exploitations. C'est pourquoi, au-delà des dispositions que contient déjà le texte du Gouvernement, il faut que cette loi permette d'en finir avec un certain nombre de discriminations de la législation agricole actuelle vis-à-vis des sociétés.

Il est nécessaire que, dans les EARL et sociétés civiles d'exploitation agricole (SCEA), le plafond de chiffre d'affaires pris en compte pour l'exonération des plus-values soit multiplié par le nombre d'associés exploitants. Ce n'est possible actuellement que dans les GAEC. Il faut également multiplier le plafonds de déduction pour aléas/investissements par le nombre d'associés exploitants lorsque des agriculteurs travaillent en SCEA. Cette règle existe déjà pour les GAEC et EARL.

Il ne serait pas cohérent non plus que le seuil de déclenchement du contrôle des structures continue à être le même pour l'exploitation de plusieurs agriculteurs associés que pour une exploitation individuelle.

Une loi d'orientation en phase avec la mutation des exploitations, ce doit être une loi qui facilite également la conduite d'activités multiples en remodelant certaines frontières des régimes fiscaux et sociaux.

2) Tout autant que de favoriser réellement de nouvelles approches dans l'organisation même des exploitations, la loi d'orientation doit aller plus loin loin dans l'abaissement des charges et le traitement des risques-revenu que le prévoit le projet actuel, compte tenu du durcissement de la concurrence et de l'accroissement des risques.

En ce qui concerne les charges, il s'agit d'en finir avec des règles et discriminations qui alourdissent les charges sociales des exploitants (paiements des cotisations sur l'ensemble des résultats, paiement de la CSG/RDS sur l'ensemble des cotisations, y compris part patronale etc.). Quant au traitement des risques-revenu, l'AGPB estime que le plus judicieux serait de faire évoluer la DPA et de créer une formule de Caisse pour Aléas qui, grâce à son niveau de dotation -jusqu'à 100% des ventes de l'exploitation- et grâce à sa souplesse -elle se gérerait sur la carrière des agriculteurs- aurait une efficacité maximale.





   


   
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