Monsieur le Ministre,
Nous sommes heureux de votre venue pour clôturer aujourd'hui
nos travaux. L'événement est d'autant plus marquant
que pour la première fois dans un Congrès de l'AGPB,
son Président a moins d'ancienneté dans la fonction
que le ministre.
Nous savons que nous avons en vous un interlocuteur qui, de
par ses mandats en Charente-Maritime, mais également
par intérêt personnel, connaît bien les réalités
de la céréaliculture.
Nous vous félicitons de votre reconduction dans la charge
exigeante qui est la vôtre. Les dossiers sont difficiles,
mais le dialogue avec votre proche entourage et vos services
est réel, et votre action depuis 6 mois nous a montré
que vous savez vous impliquer pour résoudre les problèmes.
Dès votre arrivée, vous êtes intervenu
pour que Bruxelles mette en route l'attribution de restitutions
et votre appui en ce domaine a été continuel depuis
lors.
Grâce à votre action, nous allons aussi échapper
au capharnaüm d'un passage généralisé
par la réserve nationale pour l'attribution d'une importante
proportion de DPU. Et nous apprécions que les DPU soient
enfin considérés en France comme le prolongement
des compensations actuelles. Il ne vous reste plus qu'à
minimiser le prélèvement pour la réserve
nationale -0,5% nous paraît amplement suffisant- et à
écarter toute ponction en cas de transfert de DPU avec
le foncier.
Vous avez commencé à introduire du bon sens politique
et du bon sens tout court dans le processus d'application de
la conditionnalité en France. Nous espérons beaucoup
retrouver ce bon sens dans la mise en œuvre des guides de contrôle.
Il ne vous restera plus qu'à nous accorder quelques points
de franchise, à diminuer le nombre de points de contrôle
et à regarder de très près ce que certains
services voudraient nous imposer dans la conditionnalité
2006 au titre de la législation alimentaire…
En ce qui concerne le projet de loi d'orientation, nous trouvons
son esprit satisfaisant, ce qui nous encourage à vouloir
aller plus loin dans son contenu.
Nous vous sommes gré également de votre travail
sur le dossier biocarburants. Les délais de mise en place
du plan de développement annoncé par le Premier
Ministre sont tenus et même mieux. Il vous faudra cependant
encore beaucoup de détermination sur ce dossier, Monsieur
le Ministre. Nous y reviendrons plus tard.
[ I - UN PROFOND DESARROI DES CEREALIERS FACE AU TRAITEMENT
DE LEUR SECTEUR PAR L'UE ]
Je voudrais en effet entrer maintenant dans le vif de mon propos
en insistant sur le profond désarroi que cause
à nos adhérents le traitement de leur secteur
par les instances européennes.
Les manifestations qui ont eu lieu hier et avant-hier, pour
dénoncer à nouveau l'incohérence extrême
de la gestion de la campagne céréalière
à Bruxelles, exprimaient bien ce désarroi. Pour
quelques euro la tonne et souvent quelques centimes, l'Europe
aurait pu exporter des centaines de milliers de tonnes de plus
par semaine à partir du marché libre. Au lieu
de cela, la Commission a privilégié la remise
sur le marché, par paquets de quelques dizaines de milliers
de tonnes, de céréales mises à l'intervention
en Europe centrale et orientale. Et cela, à un coût
de 15-20 euro/tonne.
L'Union Européenne a ainsi inventé cette année
l'intervention à ricochets : en revendant ces stocks
d'intervention de l'année sans attribuer suffisamment
de restitutions à l'exportation marché libre,
elle a poussé d'autres volumes vers l'intervention. Du
coup, les perspectives d'acomptes pour la récolte 2005
sont très inquiétantes et, compte tenu du mal
déjà fait aux trésoreries, il vous faudra,
monsieur le Ministre, avancer le paiement des compensations
2005.
Nous ne contestons pas que des opérations spéciales
puissent être décidées en faveur des nouveaux
états membres. Mais il n'est pas acceptable que Bruxelles
en fasse supporter la charge aux producteurs de l'Ouest de l'Europe.
Il ne peut y avoir d'opérations de ce type que contrebalancées
par l'attribution de restitutions supplémentaires à
l'exportation.
Que Madame la Commissaire à l'Agriculture cesse en conséquence
de dire " A chacun son tour ". C'est primaire et c'est
indigne.
Plus indigne encore, et proprement révoltant, le propos
entendu à plusieurs reprises du côté de
la Commission par rapport à notre revendication de faire
des restitutions un antidote à la chute du dollar. L'antidote,
selon certains des représentants de la Commission -et
non des moindres- ce devrait être plutôt une nouvelle
baisse du prix d'intervention !
Quel cynisme ! Quel défaitisme ! A qui ces gens-là
ont-ils prêté serment ?
Il faut que cela cesse. Nous allons probablement démarrer
la nouvelle campagne avec des disponibilités aussi importantes
que l'année passée. Nous avons besoin de restitutions
en abondance, dès maintenant. Il faut démarrer
dès maintenant la nouvelle campagne d'exportation.
La politique infligée cette année aux céréaliers
les plonge d'autant plus dans le désarroi que l'Union
européenne doit par ailleurs défendre les intérêts
de la céréaliculture dans le cadre des négociations
commerciales internationales.
Certes, la Commission européenne répète
qu'à l'OMC, elle ne concèdera pas plus sur les
restitutions que ses concurrents sur leurs pratiques à
l'export. Mais il y a déséquilibre car, d'un côté,
les restitutions sont facilement mesurables et, de l'autre,
rien n'est précis : il faut pré-négocier
pour définir ce qui, dans le principe, peut être
démantelé. C'est un premier élément
de déséquilibre. Et puis surtout, aucune discussion
n'est engagée sur une prise en compte spécifique
des aides américaines du marketing loan et sur les distorsions
d'origine monétaire. Pour nous, aucun accord ne peut
être signé s'il ne tient compte de ces éléments.
De la même manière, nous ne concevons pas un abaissement
des tarifs douaniers européens en deçà
d'une ligne rouge intégrant un très bas prix mondial
des céréales et une valeur très faible
du dollar. De la même manière encore, il est devenu
totalement évident, avec toutes les avancées récentes
en Europe sur le front des biocarburants, qu'il est impossible
d'en rester aux propositions généreuses faites
en 2004 aux pays du Mercosur, donc au Brésil, sur l'importation
de bioéthanol.
Nous proclamons notre attachement à des règles
internationales qui permettent aux producteurs de tous pays
de faire face à des récoltes surabondantes, aux
errements des monnaies et à des distorsions de concurrence
de toute nature. La fin de partie qui se joue actuellement est
à cet égard capitale pour l'avenir de la céréaliculture
française. Les négociateurs européens devaient
être étroitement encadrés et j'imagine que
, à cette fin, vous serez présent en décembre
à Hong Kong, Monsieur le Ministre. Ne faiblissez pas.
Vous aurez déjà un avantage, avec votre collègue
du Commerce extérieur, celui de pouvoir converser avec
le Directeur Général de l'OMC sans interprète!
Lutter à armes égales contre nos concurrents
dépendra également de l'issue d'un autre débat,
celui qui est consacré aux Perspectives financières
2006-2013 de l'Union européenne.
Dès le départ, nous avons compris que l'accord
d'octobre 2002 sur la progression des dépenses du 1er
pilier comportait des impasses, en particulier quant à
l'extension de la PAC à la Bulgarie et à la Roumanie.
Il est évident qu'il faut une enveloppe supplémentaire,
sinon la discipline financière jouera à plein
contre nous.
Si j'en crois ce que dit Mme FISCHER-BOEL, à budget
constant il faudrait réduire nos paiements directs de
15%, outre les 5% de modulation. Sachant qu'un point de paiement
direct en moins, c'est 2 à 3 points de revenu en moins,
le résultat serait dramatique. Au passage, je voudrais
rappeler qu'en 2004 le revenu des céréaliers était
inférieur de 20% au revenu moyen toutes exploitations.
Si les Etats-membres refusaient d' assumer financièrement
leur décision d'étendre la PAC à de nouveaux
pays, celle-ci serait condamnée à dépérir
au rythme des élargissements de l'Union européenne.
Ce serait totalement aberrant. Notre pays est-il prêt
à s'opposer à l'adhésion de la Roumanie
et de la Bulgarie si l'extension du 1er pilier à ces
pays n'est pas financée ?
Ce débat financier est crucial pour l'orientation de
la politique céréalière de l'Europe et
nous demandons au Gouvernement et au Président de la
République de tout faire pour que cette politique demeure
une politique de conquête.
[ II - NOTRE CREDO POUR L'AVENIR, C'EST LA PRODUCTION ET LES
DEBOUCHES ]
De notre côté, nous croyons en effet à
un avenir fait avant tout de production et d'expansion de nos
débouchés.
Notre potentiel de production est un premier atout. Face à
une demande alimentaire et non alimentaire promise à
une forte croissance, nous disposons d'importantes réserves
de production.
Il y a d'abord ces hectares de jachère réglementaire
qui ne sont pas mobilisés par des productions à
usage industriel. Ils n'ont aucune vocation naturelle ou économique
à rester dans cet état, il faut le rappeler. Et
puis, ne l'oublions pas, il y a également cette production
supplémentaire que génère l'augmentation
tendancielle de nos rendements.
Cela ne nous met pas seulement en position de fournir du bioéthanol
en France et dans l'Union européenne. Cela nous autorise
également à devenir des acteurs ou partenaires
dans la production de biochaleur et de bioélectricité.
Bien sûr, d'autres que nous veulent également
satisfaire les besoins de céréales. Mais, à
soutiens et contraintes équivalents, nous estimons être
capables -avec nos outils de commercialisation et notre appareil
de transformation- d'affronter cette concurrence.
Un bon exemple récent de notre aptitude à la
compétitivité c'est l'amélioration des
caractéristiques qualitatives de nos céréales,
récompense des démarches engagées de manière
coordonnée par les producteurs, les organismes de collecte
et l'ONIC. Au contact de nos collègues charentais, vous
avez d'ailleurs pu apprécier depuis longtemps, Monsieur
le Ministre, les efforts de qualité dont est capable
notre secteur.
Nous avons devant nous de nouvelles marges de manœuvre. Ce
sont évidemment celles qu'offrent les outils modernes
d'aide à la décision et au pilotage des cultures.
Mais, surtout, nous sommes de plus en plus nombreux à
être sensibilisés aux économies d'échelle
que permet le travail de superficies plus importantes. Entendons-nous
bien, l'AGPB ne préconise pas un agrandissement accéléré
des exploitations au détriment du nombre des producteurs.
Elle privilégie le regroupement d'exploitants sur des
surfaces rassemblées pour être travaillées
en commun, selon diverses formes juridiques. De tels regroupements,
outre leurs effets technico-économiques, sont porteurs
d'une dynamique de développement. Les possibilités
d'optimiser le revenu et de résister aux crises sont
d'autant plus grandes et le maintien d'un plus grand nombre
d'agriculteurs sur leurs exploitations est d'autant mieux assuré.
Vous pouvez percevoir, Monsieur le Ministre, toutes les remises
en causes culturelles qu'implique une telle évolution.
Cela vous montre jusqu'où va notre détermination.
Nul doute non plus que les agriculteurs puissent compter sur
le professionnalisme de plus en plus pointu des équipes
qui dirigent les coopératives et les négoces en
grains pour les aider à rendre leur production la plus
attractive possible sur le marché.
Nous misons aussi sur d'autres outils que nous nous sommes
donnés, souvent en partenariat avec d'autres.
Les agriculteurs savent trop ce qu'ils doivent à l'omniprésence
à leurs côtés d'ARVALIS-Institut du Végétal,
leur institut technique, pour ne pas être confiants en
l'évolution de leurs compétences.
Vous avez pu apprécier vous-même en Chine, Monsieur
le Ministre, ce qu'est le travail de France Export Céréales,
l'un des organismes interprofessionnels dans lequel nous nous
impliquons. Et pourtant, ses moyens sont bien moindres que ceux
de ses homologues étrangers.
L'action et la sensibilité de France Export Céréales
nous éclairent beaucoup sur ce que nous avons à
améliorer sur le terrain de l'exportation, qu'il s'agisse
d'organiser la disponibilité des marchandises, de prospecter
d'autres pays importateurs ou en passe de le devenir, ou encore
de travailler sur des variétés adaptées
aux besoins spécifiques de ces pays.
Sur le thème de la recherche variétale, je ferai
un aparté aussi ferme que bref au sujet des biotechnologies.
Les producteurs de céréales sont associés
au programme Génoplante et ils sont également
financièrement impliqués dans Biogemma. Nous n'investissons
pas pour voir des professionnels de l'agit'-prop' venir détruire
avec leurs brigades des champs d'essais légalement autorisés.
Monsieur le Ministre, ce ne sont pas les communiqués
de condamnation et les modestes sanctions prononcées
quelques mois après les saccages qui mettront fin à
cette guérilla.
[ III - POUR UNE POLITIQUE AGRICOLE ET CEREALIERE FRANCAISE
DYNAMIQUE ]
Notre credo pour l'avenir sera d'autant plus suivi d'effets
que la politique agricole menée en France même
nous épaulera dans nos efforts selon deux axes prioritaires.
L'une de ces deux priorité, c'est de simplifier et moderniser
la législation, la réglementation et la fiscalité.
Nous serons évidemment très attentifs à
l'évolution du projet de loi d'orientation agricole au
Parlement et aux ordonnances qui complèteront le texte
voté. Sur plusieurs thèmes de ce projet, nous
estimons que le texte ne va ne va pas jusqu'au bout de vos intentions,
Monsieur le Ministre.
Ainsi, vous n'encouragerez pas à la constitution de
sociétés s'il persiste des discriminations à
leur encontre. Il est par exemple nécessaire que pour
toutes les sociétés -et non seulement les GAEC-
les plafonds d'exonération des plus-values soient multipliés
par le nombre d'associés exploitants. Ce n'est là
qu'un exemple.
Sociétés ou non, il serait également judicieux
d'aller plus loin en matière d'épargne de précaution
en substituant à la DPA la formule bien plus souple de
Caisse pour Aléas proposée par l'AGPB, l'AGPM
et la FOP.
Plus globalement, une vraie loi d'orientation ne saurait traiter
le sujet des charges fiscales et sociales en se limitant à
la disparition de la TFNB, même si celle-ci est très
méritoire. Il est grand temps, notamment, d'en finir
avec les règles discriminatoires qui caractérisent
les prélèvements sociaux des exploitants. en particulier
avec la prise en compte de l'intégralité des résultats
dans le calcul des cotisations sociales.
Il y a enfin dans le projet de la loi d'orientation un article
qui concerne tout spécifiquement les céréaliers,
celui qui vise à fondre l'ONIC dans un Office dit des
Grandes cultures. C'est l'occasion de mettre fin à cette
particularité qu'est la taxe ONIC, les céréaliers
étant les seuls agriculteurs à financer un Office.
Les 36 centimes d'euro/tonne perçus aujourd'hui devront,
selon des proportions à déterminer, retourner
sur les exploitations et servir à développer les
actions conduites par nos organismes interprofessionnels, notamment
dans le domaine de la recherche.
Je n'en terminerai pas avec la législation et la réglementation
sans parler de phytosanitaires. D'abord, parce que, avec la
conditionnalité, c'est un domaine où il y a beaucoup
à faire sur le plan de la simplification. Il suffit d'évoquer
le manque résiduel de clarté des règles
en matière de mélanges. Là aussi, la France
doit éviter d'exiger beaucoup plus que ne lui demande
Bruxelles. Ensuite, je voudrais le redire, si l'on cherche à
atteindre rapidement une efficacité maximale en la matière,
il faut sensibiliser, former et inciter, plutôt
qu'interdire, contrôler et sanctionner
à l'excès. Il ne suffit pas donc pas que le Gouvernement
adopte un plan interministériel de contrôle des
pesticides. Il faut adopter le plan d'amélioration des
pratiques phytosanitaires que nous demandons. En fonction de
ce plan, des concours financiers devraient être attribués
aux producteurs qui souhaitent faire diagnostiquer leurs installations
afin d'écarter tout risque de pollution. La transformation
de la TGAP phytosanitaire en redevance versée aux Agences
de l'eau constitue une bonne base pour y parvenir.
J'ai souhaité consacrer la fin de mon propos à
la place de notre céréaliculture sur le marché
de l'énergie, autre priorité, à nos yeux,
de la politique céréalière à conduire
en France.
D'entrée de jeu, tout à l'heure, j'ai rendu hommage
à votre travail en matière de biocarburants. Pour
autant, nous nous trouvons aujourd'hui face à un certain
nombre d'incertitudes qui ne peuvent pas être qualifiées
de légères.
J'irai très vite sur le fait qu'avec les agréments
annoncés depuis quelque temps, il manquera encore 230
000 tonnes pour pouvoir incorporer 5,75 % d'éthanol dans
les essences en 2010. Or, des usines supplémentaires
ne se monteront pas du jour au lendemain.
J'irai vite également sur l'évolution du montant
d'exonération fiscale du bioéthanol incorporé
directement. Les cartes doivent être rebattues après
2007. Mais sur quelle base ? Pour nous, à prix de revient
constant des produits pétroliers, les exonérations
fiscales ne devraient diminuer qu'en fonction des augmentations
de productivité des filières biocarburants et
par unité énergétique, le bioéthanol
ne saurait être taxé davantage que l'essence sans
plomb.
Je voudrais surtout attirer votre attention, Monsieur le Ministre,
sur une autre l'incertitude majeure qu'entraîne le quasi
blocus mis en place par le secteur français du raffinage
face à l'incorporation directe de bioéthanol dans
l'essence. Non seulement ce secteur se refuse à cette
incorporation dans les essences qu'il distribue lui-même,
mais, en plus, il interdit de fait aux distributeurs indépendants
de pratiquer cette incorporation. Il est en effet extrêmement
difficile à ces distributeurs de se procurer auprès
du raffinage national les bases essence adaptées à
l'incorporation de bioéthanol. Et pourtant, notre raffinage
national exporte beaucoup de ces bases aux Etats-Unis ! Résultat,
sur quelque 12 600 tonnes de bioéthanol agréées
en 2004 en France pour l'incorporation en direct, il n'a été
utilisé que 630 tonnes environ, c'est-à-dire 5%
du possible. Oui, j'ai bien dit 5% !
Si cela continue, Monsieur le Ministre, il sera impossible
de construire les nouvelles usines. Votre plan de développement
des biocarburants sera sérieusement amputé ! Nous
avons dit et répété à l'automne
2004 que la TGAP infligée aux distributeurs de carburants
ne respectant pas les taux d'incorporation de biocarburant serait
inefficace. Que, fixée à trop bas niveau, elle
serait tout simplement répercutée au consommateur,
qui serait ponctionné sans s'en apercevoir. La preuve
en est faite. Dans ces conditions, nous demandons que toutes
les essences commercialisées par le secteur du raffinage
répondent à des normes techniques permettant d'y
incorporer du bioéthanol en direct.
Ces difficultés rencontrées avec le bioéthanol,
nous les rencontrons également dans les domaines de la
bioélectricité et de la biochaleur .
Nous savons cependant que nous pouvons compter sur le travail
actuellement en cours au Ministère de l'Agriculture et
nous demandons qu'il aboutisse au lancement dès cet été
d'un " Plan biocombustibles 2005-2010 ", analogue
au plan de développement biocarburants.
Ce plan devra comporter des objectifs, un calendrier
et des instruments. En particulier, nous demandons le
doublement du tarif de rachat de l'électricité
excédentaire des petites unités de production
et le lancement prochain d'un nouvel appel d'offre pour la réalisation
de grandes unités de cogénération.
Nous demandons également que les dispositions des règlements
jachère non alimentaire et cultures énergétiques
soient assouplies pour la production de chaleur sur les exploitations
et à l'extérieur.
Nous plaidons aussi pour que les entreprises s'équipant
d'unités de production de biochaleur bénéficient
d'un mécanisme de crédit d'impôt analogue
à celui accordé maintenant aux particuliers.
Et enfin, chat échaudé craint l'eau froide, il
faut que le ministère de l'Agriculture se voie confier
une cotutelle avec le ministère de l'Industrie pour tout
ce qui est production d'énergie à partir de la
biomasse. Nous ne croyons plus que le dossier des énergies
renouvelables puisse être géré par des services
qui ont œuvré depuis des décennies à développer
des énergies conventionnelles.
[CONCLUSION]
Vous l'avez compris, Monsieur le Ministre, nous demeurons persuadés
de l'utilité de notre métier, persuadés
de notre vocation de fournisseurs universels de denrées
de base et de matière première renouvelable, confiants
en notre force et en notre capacité d'adaptation. Nous
sommes donc convaincus que nous pouvons être créateurs
de richesse pour notre pays et acteurs de premier plan d'un
développement durable.
Nous pouvons faire une bonne partie du chemin avec nos propres
forces. Comme bon nombre de secteurs d'activité cependant,
nous sommes tributaires de choix et décisions des pouvoirs
publics. Le fait d'être un monde insuffisamment connu
de notre société, le fait aussi que les intérêts
de l'agriculture française soient minoritaires dans l'Union
européenne, ne sont pas toujours propices à cet
égard.
Nous avons donc besoin de votre concours, Monsieur le Ministre.
Vous pouvez nous aider à faire comprendre à Bruxelles
et aux relais d'opinion qu'il est aussi pointu technologiquement
de produire du blé que de produire des voitures, des
TGV et des Airbus. Qu'il est aussi noble d'exporter des céréales
que d'exporter ces produits de notre industrie. Que l'Europe
a stratégiquement besoin des céréales françaises.
Vous pouvez nous épauler en faisant évoluer notre
cadre juridico -fiscal sur des voies plus favorables à
notre adaptation, en donnant à notre recherche publique
et privée -l'une des meilleures au monde- la liberté
et les moyens nécessaires pour qu'elle puisse continuer
à travailler.
Nous comptons sur vous enfin pour donner des impulsions décisives
sur des dossiers innovants, en bousculant les schémas
installés et les intérêts établis,
comme il le faut pour avancer dans le domaine des bioénergies.
Vous l'avez compris, Monsieur le Ministre, nous comptons en
tout cela sur votre propre compétitivité.
Je vous laisse maintenant la parole.

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