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CONFERENCE DE PRESSE 78ème Congrès de
l'AGPB
Blois - 5 et 6 juin 2002
1) Le Congrès de l'AGPB va se tenir dans une période de
crise pour le secteur des céréales.
a) Le revenu des exploitants spécialisés en céréales et oléoprotéagineux
a connu quatre baisses successives qui l'ont fait chuter de 38,6%
depuis 1997, selon les chiffres de la Commission des Comptes de
l'Agriculture. L'évolution est à nouveau à la baisse pour 2002,
même si la suspension de la modulation devrait atténuer le phénomène.
Quelques repères concrets permettent de situer le niveau de ce
revenu :
- en moyenne, d'après les Comptes de l'Agriculture, il est devenu
inférieur au revenu moyen de l'ensemble des exploitants " professionnels
"
- d'après les informations recueillies dans 7 centres de gestion,
le résultat courant (c'est à dire après amortissement et avant
paiement des cotisations sociales de l'exploitant) s'est élevé
en 2001 à 60 000 F (9150 €) pour une exploitation de 100 hectares.
Cent hectares dégageaient donc un revenu inférieur au SMIC
- d'après des données de la FFCAT, les créances à court terme
des coopératives sur leurs adhérents ont augmenté de 50% environ
depuis l'année dernière.
b) Autre réalité significative de la situation de crise de
notre secteur, celle des marchés. Aucun élément à l'heure
actuelle ne permet d'entrevoir un redressement des prix. Il se
confirme que les prix d'acompte seront nettement inférieurs à
l'an passé. Les blés d'Ukraine et de Russie continuent à arriver
massivement dans le sud de l'UE et le disponible de ces pays à
l'exportation ne devrait guère baisser la campagne prochaine.
Même si les prévisions de récolte pour ces pays font apparaître
des chiffres moins élevés que l'année dernière, les excédents
de 2001 n'ont pas tous été écoulés. Ceci devrait compenser cela,
c) Une dimension supplémentaire de la crise céréalière tient
enfin à la situation particulière des organismes stockeurs (OS).
Atteints par une politique excessive et intransigeante de mise
aux normes, d'une part, pris à revers d'autre part par la gestion
imprévisible des marchés qu'a décidé de mener la Commission européenne
cette campagne, les OS vont quasiment tous terminer leurs exercices
dans le rouge. Bien évidemment, ces difficultés se trouvent directement
répercutées sur les producteurs.
2) Ce contexte de crise conduit les producteurs spécialisés
en céréales et oléoprotéagineux à des sentiments et réactions
divers.
D'une manière générale, ils ressentent l'attitude des instances
communautaires comme une attitude de lâchage, voire de sabotage.
Il est difficile d'employer d'autres termes à propos de la gestion
bruxelloise des marchés céréaliers cette année. Comment ne pas
parler de lâchage non plus, quant au moment du vote du Farm Bill
américain, les ministres de l'Agriculture des Quinze, réunis à
côté de Murcie, continuent à parler de transfert de crédits du
1er au 2ème pilier comme si de rien n'était.
3) C'est dans cette ambiance que les congressistes de l'AGPB vont
se rendre à Blois.
C'est dans cette ambiance qu'ils vont venir témoigner, analyser,
émettre des messages, définir des lignes d'action et renouveler
en partie le Conseil d'Administration.
Un avant-goût des témoignages et messages qu'ils feront entendre
est donné par les manifestations qui se déroulent ou sont prévues
ici et là. Et également par les interviews de producteurs qui
paraissent régulièrement dans la presse d'information générale
notamment la presse quotidienne régionale.
S'agissant des analyses et lignes d'actions, nous en débattrons
sur la base du rapport d'orientation qu'a préparé un groupe ad
hoc émanant du Bureau de l'AGPB.
4) Ce rapport, soumis au vote du Congrès, propose un programme
distinguant des actions à concrétiser immédiatement, c'est-à-dire
avant la fin de campagne, puis des actions à conduire durant le
second semestre et, enfin, durant l'année.
a) des actions à caractère immédiat
--> à Il est indispensable de restaurer la préférence communautaire
pour le début de la campagne 2002/2003. Attendre n'est pas possible,
compte tenu de la gravité de la situation actuelle.
Au 1er juillet, plus aucune tonne de céréales ne doit entrer dans
l'Union Européenne au-dessous de 155% du prix d'intervention.
Pour y parvenir, le moyen le plus simple et le plus rapide est
de créer une quatrième qualité pour le blé et une seconde pour
l'orge dans le cadre de la procédure de calcul des droits de douane.
Pour ces qualités les droits seraient calculés en fonction de
cotations Mer Noire.
Nous réaffirmons qu'il existe des cotations Odessa tout à fait
sérieuses et que la Commission a toute latitude pour y recourir
sans consulter les autres états membres de l'OMC.
La Commission travaille en ce moment sur une autre hypothèse :
consentir aux pays qui vendent à l'Europe des quota d'importation
à droits réduits et, en contrepartie, rétablir un droit fixe à
niveau dissuasif pour les importations hors quota. L'AGPB affirme
son désaccord à l'égard de ce projet. Il s'agit d'une procédure
aléatoire qui, au mieux, ne pourrait se concrétiser que fin 2002,
bien trop tard donc.
--> Autre action à caractère immédiat, nous demandons un allongement
du calendrier des mises aux normes des OS compte tenu de ce que
sont devenues leurs capacités d'investissement, ainsi qu'une révision
des mesures de mise aux normes techniquement injustifiées. Nous
demandons aussi la mise sur pied d'un plan de financement partagé
pour désaffecter et de restructurer des capacités de stockage
devenues obsolètes au regard de la mise au norme.
b) des actions pour le second semestre
Le second semestre sera consacré au réexamen à mi-parcours d'Agenda
2000. Pour l'AGPB, ce réexamen ne saurait déboucher sur une nouvelle
réforme de la PAC et sur une remise en cause des organisations
communes de marché comme y aspirent certains gouvernements.
L'adoption du nouveau Farm Bill aux Etats-Unis justifie au contraire
de repositionner la PAC dans le sens d'un maintien et d'un renforcement
des OCM.
Il doit être clair que :
- la nécessité d'une préférence communautaire est plus actuelle
que jamais
- une nouvelle baise du prix d'intervention -directement ou via
la mise en cause des majorations mensuelles- n'apporterait aucun
gain de compétitivité sur les marchés extérieurs ; en revanche,
elle aurait pour effet de démanteler un peu plus la préférence
communautaire, du fait de l'indexation du prix d'entrée minimum
sur 155% du prix d'intervention
- même dans l'hypothèse où le redéploiement du 1er pilier au profit
du 2ème pourrait avoir lieu exploitation par exploitation, hypothèse
la plus favorable, il faut bien voir qu'un € de soutien au titre
du développement rural n'est pas équivalent à un € de soutien
au titre des OCM. Le versement d'un euro au titre de l'OCM constitue
une recette nette. Le versement d'un euro au titre du développement
rural a en revanche un coût : il est soumis à des contraintes,
donc à des charges de fonctionnement et/ou d'investissement supplémentaires.
En conséquence, le principe d'un glissement du 1er vers le 2ème
pilier doit être envisagé avec beaucoup de circonspection. Des
mesures peuvent être prises ponctuellement, par exemple, en céréales,
pour le seigle, dont la situation excédentaire devient ingérable.
Globalement cependant, le 2ème pilier ne peut être construit au
prix de la destruction du premier. La priorité en ce qui concerne
le 2ème pilier est d'améliorer l'utilisation des crédits qui lui
sont déjà affectés, plutôt que de les augmenter.
De la même manière, le financement de l'élargissement ne saurait
être, lui non plus, assuré en démantelant le premier pilier. Il
nécessite un budget spécifique.
c) des actions à conduire dans l'année
--> Avec l'ouverture fin juin des discussions par thèmes (subventions
à l'exportation, accès aux marchés, soutiens internes), avec l'objectif
de dépôt de propositions de négociations en mars 2003 les négociations
de l'OMC entrent dans le vif du sujet. L'heure est venue pour
l'UE d'affirmer un projet agricole montrant qu'elle entend tenir
tête à la volonté de prééminence mondiale manifestée par les Etats-Unis.
Dans les règles actuelles de l'OMC, il existe un certain nombre
d'artifices et passe-droits qui permettent le blanchiment des
aides américaines. Le nouveau Farm Bill donne l'opportunité et,
espérons-le, des alliés supplémentaires à l'Europe pour les remettre
en cause. Le classement des aides courantes en boîte verte doit
être contesté, la clause " de minimis " également, ainsi que l'absence
de prise en compte des marketing loan au titre des aides à l'exportation.
Des travaux ont été réalisés qui démontrent que la politique américaine
provoque le plus de distorsions sur les marchés. L'UE doit les
faire prévaloir. Il est impossible que l'UE entre la négociation
à partir de mars 2003 sans que ces réalités aient été prises en
compte. Il est impossible qu'elle réoriente la PAC sans avoir
au préalable fait plier les Etats-Unis.
--> sur le plan strictement français, l'année qui vient doit
être mise à profit pour agir sur les charges. Par exemple, le
volet " redevance pour excédent d'azote " du projet de loi sur
l'eau doit encore être amélioré afin de faire respecter le principe
" non pollueur non payeur ". En particulier, il est nécessaire
que les mécanismes de calcul de la redevance ne pénalisent pas
la recherche de taux de protéines élevés, lesquels supposent d'utiliser
plus d'azote toutes choses égales par ailleurs. Il faut également
qu'aboutissent des dossiers déjà largement ouverts, comme celui
de la diminution des charges aux travers des regroupements d'exploitants.
Il faut notamment que la pratique de l'assolement en commun puisse
trouver un statut.
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Tout ce qui précède le confirme une fois de plus, l'attitude de
l'Union européenne et les choix effectués par ses instances sont
déterminants pour l'avenir de notre céréaliculture. Mais les céréaliers
n'oublient pas que l'attitude de la France est elle-même déterminante
dans l'attitude de l'UE à l'égard de l'agriculture. Avant tout,
il est donc indispensable que la France affiche à Bruxelles une
détermination sans faille en faveur d'une agriculture, qui tout
en répondant à de nouvelles aspirations légitimes de la société,
s'inscrive dans l'économie.
En ce sens, elle doit faire comprendre à ses partenaires et à
la Commission qu'à nouveau elle s'intéresse aux débouchés de ses
céréales et plus largement à sa céréaliculture, pièce maîtresse
de son agriculture. Elle doit montrer à Bruxelles que le temps
est passé où elle dénigrait ses productions de masse, comme elle
l'a fait ces dernières années, laissant complètement filer ses
intérêts dans ce secteur.
Bref, la France doit reprendre la main.

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