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CONFERENCE DE PRESSE 12 juin 2001 77ème Congrès de l'AGPB Deauville - 20 et 21 juin 2001
Rapport d'orientation -
"En finir avec les incohérences politiques"
Le 77e Congrès de l'AGPB se tient dans un contexte difficile pour la céréaliculture. Les exploitations sont durement éprouvées par l' importante chute de revenu de ces dernières années. Par ailleurs, la politique de l'Union Européenne et de la France vis-à-vis de l'agriculture ne semble plus évoluer qu'entre inspiration libérale et facteurs émotionnels. Les incohérences qui en résultent pourraient entraîner pour le secteur céréalier des coûts économiques et sociaux particulièrement élevés. Au Congrès de Deauville, tout en étant lucides sur les nécessaires évolutions de la PAC et de leur propre métier, les céréaliers veulent appeler avec force les autorités européennes et françaises à plus de réalisme, de raison et de responsabilité.
LES EXPLOITATIONS CEREALIERES EN DIFFICULTE
Il est des signes qui ne trompent pas : dans de nombreuses régions spécialisées en grandes cultures, on constate ce printemps des progressions inhabituelles des encours de crédits à court terme dans les Caisses de Crédit Agricole et, dans les coopératives, on assiste à la fois à un tassement des achats d'approvisionnement et à un accroissement des créances sur les adhérents.
Ce phénomène s'inscrit dans le droit fil des évolutions enregistrées dans les comptes de l'Agriculture pour les exploitations spécialisées en céréales et oléoprotéagineux : de 1998 à 2000- le revenu par actif non salarié y a baissé de 32% . En 2000, le recul a été de 19%, après 10% déjà en 1999.
Certes, le coût de l'énergie et des engrais a fortement progressé en 1999 et 2000 et les prix payés aux producteurs se sont ressentis de l'hétérogénéité des récoltes 2000. Mais cela ne peut masquer les effets de deux mesures politiques :
- d'une part, la décision européenne de ne compenser qu'à 50% la baisse des prix d'Agenda 2000
- d'autre part, l'institution de la modulation en France, à laquelle est attribuable le tiers des 19% de baisse du revenu en 2000.
L'AGPB a dit et redit combien cette dernière mesure était absurde et injuste.
Depuis la réforme de la PAC de 1992, il faut le rappeler, les producteurs vendent chaque tonne de céréales nettement au-dessous de son coût de production et, face aux pertes ainsi subies, les compensations sont que partielles, déjà plafonnées deux fois en quelque sorte :
- les quintaux produits ne sont pas tous compensés, les rendements de référence/ha étant calés sur les rendements moyens constatés de 1986 à 1990, inférieurs d'une dizaine de quintaux aux rendements moyens actuels
- la compensation au " quintal compensé " est inférieure à la baisse des prix, et ce plus encore depuis l'année dernière
Ajouter la modulation à ces deux plafonnements de fait était particulièrement incohérent et dangereux. C'est maintenant chose avérée pour tous.
LA NECESSITE DE MAINTENIR UNE POLITIQUE CEREALIERE
Ce qui précède conduit l'AGPB à réaffirmer une première exigence de politique céréalière : tant que les concurrents resteront subventionnés pour vendre à prix de dumping, les aides directes versées aux producteurs européens de céréales ne peuvent être diminuées.
Par ailleurs, les exploitations spécialisées en céréales et oléoprotéagineux ont besoin de mesures qui permettent de gérer l'imprévisibilité naturelle de la production, de faire face à des situations de marché exceptionnelles et de se défendre contre des démarches commerciales agressives. L'Organisation Commune de Marchés répond à ces préoccupations avec toutes ses composantes : prix d'intervention, stockage public, protection aux frontières, possibilités d'exportation avec restitution, jachère à taux variable. Elle doit être maintenue.
Or, à la fois dans les négociations commerciales internationales, à l'occasion de la révision à mi-parcours d'Agenda 2000 et dans la perspective de l'élargissement de l'Union Européenne, les Quinze prennent des positions ambiguës sinon incompatibles avec ces aspirations.
1) Des ouvertures inacceptables dans les négociations commerciales internationales
S'ajoutant au souhait persistant de la Commission d'abaisser un prix d'intervention pourtant bas, la position de négociation de l'Union Européenne en faveur d'un nouvel abaissement des tarifs douaniers est alarmante. Elle l'est encore plus après la signature par les Quinze de l'accord "Tout sauf les armes".
L'on peut également se demander si l'Europe ne risque pas de payer chèrement sous forme de concessions tarifaires ses revendications en matière de bien-être animal, de multifonctionnalité, etc. Pour les céréales , il s'agirait d'une évolution très grave alors que, déjà, des concessions excessives ont été faites dans l'accord de Marrakech et lors de la fixation de ses conditions de mise en uvre.
2) La question cruciale du financement de la PAC
Deux autres tentations des Quinze., qui ont trait au financement de la PAC, bouleverseraient l'avenir des exploitations céréalières si elles se concrétisaient toutes choses égales par ailleurs.
Il s'agit, d'une part, de l'extension de la PAC aux PECO -versement des compensations compris- à budget constant. Et, d'autre part, du souhait de diminuer les dépenses de marché pour augmenter les crédits affectés au 2ème pilier de la PAC, le développement rural.
Dans les deux cas, face aux exploitants américains qui bénéficient d'aides sensiblement recouplées à la production, les exploitants européens aborderaient les marchés en étant pénalisés.
La question doit être posée : combien pourraient véritablement redresser une situation ainsi compromise en s'engageant dans des actions de développement rural, lesquelles, il ne faut pas l'oublier, seraient elles-mêmes coûteuses en investissements et travail supplémentaires ?
Négociations commerciales internationales, révision de la PAC en 2002, évolution de son financement : au total, les positions et orientations actuelles des Quinze ne sont pas compatibles avec leur volonté d'imposer un " modèle européen " d'agriculture. L'Europe n'agira en ces domaines de manière cohérente, qu'en se montrant très ferme dans les négociations commerciales auxquelles elle participe, tout particulièrement en obtenant la remise en cause des aides directes aux farmers américains. C'est une condition indispensable pour un retour à un niveau normal des prix payés aux céréaliers, à partir duquel seulement pourrait être envisagée une réaffectation des compensations à d'autres actions. Enfin, face à une mutation comme celle de l'élargissement, l'U.E. ne peut oublier que son budget peut représenter 1,27% du Produit National Brut européen, alors qu'il plafonne actuellement à 1,1%. Elle dispose de marges, il faut qu'elle les utilise.
UNE INTEGRATION DIFFICILE DANS LA SOCIETE
Les céréaliers ont conscience que leurs positions seront d'autant mieux prises en compte que les réalités de leur métier seront mieux appréhendées par leurs concitoyens. Ils savent également qu'ils devront donner à l'opinion un certain nombre de gages.
A l'évidence les discours et décisions relatifs à l'agriculture répondent aujourd'hui à une vision largement émotionnelle de ce secteur. Les principes de l'économie d'entreprise, les lois de l'agronomie, les acquis de la science, les progrès de la technique et des pratiques sont largement ignorés ou négligés. En témoignent bien, pèle mêle, l'assimilation courante de tout gain de productivité à du productivisme, les condamnations péremptoires de l'intensification, les ralliements répétés à un impossible modèle d'exploitation à la fois petite et extensive, le discours ambiant sur les nitrates et la philosophie du projet de loi sur l'eau.
Ce déficit de connaissance de l'agriculture et son exploitation ne peuvent qu'entraîner peur, défiance vis-à-vis de l'agriculture et pénalisation des producteurs.
Bien sûr, ceux-ci doivent rassurer les consommateurs et l'opinion en communiquant mieux, en prouvant qu'ils raisonnent la production, qu'ils recherchent la qualité.
Mais il faut aussi que les illusions se dissipent.
Il ne peut y avoir d'exploitation extensive et petite, car lorsque le revenu/hectare est peu élevé, il faut une grande surface par travailleur.
Il faut bien voir aussi -mondialisation oblige- que des produits étrangers à moindre prix -même étiquetés correctement pour informer de leur moindre qualité ou du respect de normes moins élevées- présenteront toujours un attrait formidable pour le consommateur.
L'agriculture française n'a donc pas le choix . Il lui faut demeurer compétitive aussi bien en occupant toutes les niches de marchés que sur les produits de base. C'est une raison supplémentaire pour que la bonne gestion de l'environnement -obligation incontestable- repose non sur la pénalisation, mais sur la confiance, l'incitation, la prise en compte des pratiques des agriculteurs, la croyance dans l'innovation.
Le potentiel d'innovation de l'agriculture européenne, de fait, est énorme, non seulement en termes de respect de l'environnement, mais aussi de qualité, de sécurité, de diversification des produits. Il s'exprimera sûrement si la politique agricole retrouve une lisibilité à moyen terme.
Carrefour "Du cahier des charges à l'agriculture raisonnée"
Les producteurs de céréales et de grandes cultures ont toujours une mission essentielle : nourrir les hommes de notre pays, mais aussi de nombreux autres qui ont besoin de trouver ailleurs que chez eux, les produits indispensables à leur alimentation.
Les agriculteurs sont également acteurs de la nature, ils doivent la protéger.
Ces 2 constats concourent à une meilleure prise en compte des enjeux actuels de l'agriculture : compétitivité, qualité, environnement.
En France, la loi d'orientation inscrit l'environnement comme préoccupation fondamentale pour l'agriculture.
En 1993, l'Agriculture Raisonnée pouvait être présentée comme un code de déontologie de la profession.
Mais en quelques années, l'inflexion du politique, l'évolution de la grande distribution liée aux nouvelles attentes des consommateurs, ont conduit à une multiplicité des cahiers des charges rendant la situation peu explicite.
Dans cet esprit, les mesures posées par l'agriculture " raisonnée " sont destinées à codifier les règles de bonne conduite agricole permettant à l'exploitation la prise compte du respect de l'environnement. Par ailleurs, et afin de contribuer à rendre les méthodes de production plus compatibles avec les exigences d'amélioration de la qualité des produits des chartes de production ont été définies.
L'objectif de ce carrefour est de permettre aux participants, à travers les différentes interventions, de comprendre les finalités de chacune des démarches : des cahiers des charges, aux chartes de productions sans oublier la Qualification Agriculture Raisonnée.
A travers ces démarches produits (spécificités du cahier des charges , charte de production) et ces démarches exploitations (volontaire comme pour le réseau FARRE, réglementaire avec la Qualification Agriculture Raisonnée), les producteurs souhaitent tenir compte des attentes et contraintes de tous les opérateurs, tout en cherchant à :
- assurer la compétitivité de la production
- assurer une qualité technologique conforme aux exigences des marchés
- assurer une qualité sanitaire conforme à la réglementation ou aux recommandations
- prendre en compte les risques environnementaux · Disposer des enregistrements et preuves de la mise en place des bonnes pratiques
Carrefour "Mécanisation et Main d'oeuvre"
C'est devenu une tradition lors des congrès de l'AGPB de centrer un des carrefours sur l'organisation interne des exploitations céréalières. Citons pour mémoire l'utilisation des intrants, les formes juridiques, la fiscalité, les assolements en commun
Cette année les travaux de ce carrefour, sont centrés sur le couple de charges indissociables que sont "matériel et main d'uvre" en lui donnant une dimension internationale. En effet, tout au long de ce carrefour, les intervenants comparerons les résultats obtenus en France à ceux de nos collègues étrangers afin d'identifier pour nous, producteurs français, les éléments de réflexion pour nos exploitations.
Dans un premier temps, avec un exposé de Valérie LEVEAU, chargée des études prospectives au Service des Etudes Economiques de l'ITCF, sur le thème, mécanisation et main d'uvre : deux postes importants du coût de production du blé, nous ferons un état des lieux de nos coûts de production comparés à ceux de nos principaux concurrents que sont les USA, l'Australie, le Canada et l'Argentine.
Ceci devrait permettre d'apporter une réponse à chacune des questions suivantes :
- existe-t-il des différences entre les coûts de production du blé de chacun des pays étudiés ?
- si oui, quels sont les postes à l'origine de ces différences?
Dans un deuxième temps, Jean-Michel COUADE, Responsable Marketing chez John Deere Europe, au travers d'un exposé sur le marché du matériel agricole dans le monde, décrira la vente, la distribution et le service après vente sur les différents marchés du monde et aussi comment il anticipe ces marchés. Pour concrétiser cet apport, les participants verrons le prix d'un même matériel dans différents pays
Dans un troisième temps, avec Guy LEMAITRE, Responsable du Service des Etudes Economiques de l'ITCF, cette comparaison "prix" sera élargie entre pays à une gamme de facteurs de production tels que les intrants, les salaires et charges sociales, les services extérieurs et l'accès à la terre, chez les principaux exportateurs de blé.
Enfin dans un dernier temps, un agriculteur des Grandes Plaines canadiennes, Hubert DEROCHE, producteur de grandes cultures au Canada dans le Manitoba expliquera sa stratégie en matière d'équipement matériel et de renouvellement mais aussi en matière de main d'uvre.
Les participants découvrirons ainsi, comment un producteur étranger prend en compte tous ces éléments, ses modes de production et le management qu'il met en uvre pour gérer son entreprise.
Ainsi, au terme de ces différents exposés, qui seront suivis de discussions, il sera possible de mieux comprendre pourquoi les postes mécanisation et main d'uvre sont différents entre pays. Une analyse comparée des charges contenues dans les différents coûts de production permettra de dégager les éléments clés permettant d'acquérir cet avantage concurrentiel.
Annexe 1: Coût de production
Le coût de production complet : définition
Cet indicateur rassemble toutes les charges nécessaires à la production d'un quintal de blé. Il s'exprime en F/q. Il comprend des charges observées comme les intrants, la main d'uvre salariée, les assurances... et des charges calculées intégrant la rémunération :
- de la terre
- de la main d'uvre familiale
- des capitaux propres
Il se décompose en cinq postes :
- intrants : semences, engrais, phytos
- mécanisation : fuel, entretien réparation et lubrifiant, amortissement et travaux par tiers
- main d'uvre : elle comprend la main d'uvre salariée, (salaire et charges sociales), mais aussi la main d'uvre familiale (rémunérée au niveau d'un chauffeur)
- autres charges de structure : honoraires, assurances, TFSE et la rémunération des capitaux propres
- fermage : toute la surface de l'exploitation est rémunérée sous forme de fermage
Le coût de production complet du blé varie dans les pays étudiés de 71.4 à 93.5 FF/ q.
On observe :
- que l'Australie vient en tête avec 71.4 F/q.
- que le Canada et l'Argentine ont des coûts très voisins, autour de 80 FF/ q,
- un coût de production complet très voisin, à 93 FF/q, entre France et USA Northern Plains avec un dollar à 6 F.
Le taux de change influence bien entendu la hiérarchie entre les pays. A 7,75 FF comme aujourd'hui (06/06/01), le coût de production américain passe à 120 FF et le coût argentin passe à 104 FF/q, car il y a parité entre le peso et le dollar US ! Par contre le blé australien est d'autant plus compétitif, avec 65.4 FF/ q.
Le rendement du blé est également un facteur de variation important, même lorsque le calcul se base sur une moyenne. On peut citer l'exemple de la France : les données présentées ci dessus se basent sur le rendement moyen de 1993 à 1997, soit 83 q/ha. Si l'on prend le rendement actualisé de 1996 à 1998, qui se situe à 89.5 q/ha, le coût de production passe de 93 FF/ q à 84 FF/q.
Autres commentaires :
La compétitivité du blé français est comparable à celle du blé américain mais inférieure à celle des blés australiens, argentins et canadiens, avec un taux de change "moyen" ( US $ = 6.00 FF). Mais la hiérarchie de la compétitivité est très sensible à l'évolution des taux de change.
Le poids du rendement en tant que diviseur du total des charges influence directement le niveau du coût de production. Quelques quintaux/ha en plus ou en moins améliorent ou détériorent la compétitivité du produit.
A l'intérieur de l'ensemble des charges, le poids du couple "mécanisation - main d'uvre" est très important puisqu'il représente 40 à 50 % du total de ces charges. A cette prépondérance, il faut ajouter sa variabilité : 30 à 35 F/q chez nos concurrents contre 40 à 50 F/q en France.
Cette différence est due pour partie à des effets volumes, au travers des économies d'échelles sur leur parc matériel réalisées par nos concurrents compte tenu des importantes surfaces travaillées, mais peut être aussi à des effets prix.
Les USA, s'ils présentent les coûts d'intrants les plus faibles, sont très pénalisés par le coût de la main d'uvre interne ou externe à l'entreprise. Le coût de la terre suit, compte tenu de la date de l'enquête, la rentabilité du secteur,
Enfin, la France est très voisine de la position des USA et semble très pénalisée par les prélèvements sociaux ou taxes : charges salariales, fioul et azote. Par contre, elle occupe une position avantageuse en matière de location de terre.
Annexe 2 : fiche descriptive de la ferme PEMBINA
Hubert DEROCHE, 49 ans, marié, 4 enfants (2 garçons et 2 filles) cultive avec son beau-frère Guy COMTE 1032 hectares se décomposant en 872 ha de cultures et 160 ha de foin, à 150 km à l'Ouest de Winnipeg dans les Prairies Canadiennes.
A cette première activité s'ajoute un troupeau de 60 vaches laitières et une troupe de 200 moutons. L'exploitation située dans la vallée de la Pembina porte le nom de "Ferme Pembina". Elle est située sur la commune de Notre Dame de Lourdes !
L'exploitation gérée par Hubert DEROCHE et Guy COMTE est représentative de la région en ce qui concerne la surface et les cultures présentes.
Elle est plus atypique sur 4 points :
- la cohabitation de 4 activités, à savoir grains, lait, moutons et foin
- la mise en uvre et la réussite de blé d'hiver sur 50 ha depuis 5 ans, le blé de printemps étant plus classique
- le niveau des rendements atteints qui se situe dans le quartile supérieur de ceux de la région
- et surtout la maîtrise de la mise en uvre de techniques simplifiées de semis. Cette technique, utilisée à ce jour par 15 % des 110 000 producteurs de grains des Prairies, permet, selon Hubert DEROCHE, de bien maîtriser le taux de matière organique et la flore adventice tout en diminuant les coûts de mécanisation.
Carrefour "Effet de serre : opportunités pour la céréaliculture"
L'effet de serre fait craindre un changement climatique préjudiciable à la planète. Les causes apparentes sont des gaz, parmi lesquels le CO2 qui apporte une contribution majeure, via les combustions ou les émissions de carbone fossile dans l'atmosphère.
De ce point de vue les productions végétales, dont les céréales, occupent une place tout à fait remarquable :
- ce sont des pompes à CO2 atmosphérique qui piègent le carbone de ce CO2 sous forme de matière sèche (45 % de crabone dans les céréales)
- cette matière sèche représente une énergie stockée de façon efficace et durable, qui peut se substituer à des matières fossiles riches en carbone : le pétrole, le gaz ou le charbon.
A l'occasion de ce carrefour, l'INRA apportera des documents montrant que l'exploitation agricole fonctionne bien comme un puits de carbone (absorption du CO2).
Ainsi, un hectare de céréales dont on récolte 12 tonnes de matière sèche, piège entre 1 et 1,5 tonnes de CO2 par tonne de matière sèche.
Selon le devenir ultérieur des produits agricoles selon leur cycle de vie, à l'extérieur de l'exploitation, le carbone piégé est libéré à l'utilisation, soit avec une dépense associée positive de carbone fossile ( transports, transformation) faisant disparaître l'avantage relatif du produit renouvelable, soit en maintenant une partie du bénéfice dans le cas où le produit agricole remplacerait une matière fossile.
Les quatre intervenants montreront l'intérêt de ce caractère d'épargne pour lutter contre le changement climatique avec des exemples pris dans les nouveaux bio plastiques, la combustion de la paille, la filière bio éthanol, la production d'hydrogène pour les piles à combustible à plus long terme.
Ces résultats sont importants :
- ils rappellent le rôle actif de l'exploitation agricole dans le système de lutte contre le changement climatique.
- ils montrent que l'orientation vers une meilleure gestion de la transformation et du transport des produits agricoles est profitable écologiquement aux débouchés alimentaires.
- dans le cas des combustibles paille ou plante entière, l'investissement est économiquement rentable pour les prix du fuel tels que nous les avons connus au cours de ces 5 dernières années. Mais une information et un traitement équitable d'aide à l'investissement par rapport à la filière bois est nécessaire si l'on veut dépasser le stade des unités actuelles de petite taille, hors du champ d'approvisionnement de l'exploitant. Les ressources peuvent être tirées d'un gisement paille de 5 à 10 millions de tonnes et de céréales plantes entières cultivées sur jachère.
- pour le bio éthanol, en particulier de blé où il y a une marge de progrès substantielle en terme d'efficacité de substitution au CO2 fossile, il est nécessaire de passer à une production réalisée sur des unités de grande échelle ( 5000 hl par jour au lieu de 1000 hl). C'est possible en réalisant des développements de production permettant d'ajouter 8% d'ETBE dans les essences.
Pour la lutte contre le changement climatique, des formules à 6% ETBE et 5% d'éthanol incorporé en direct, seraient encore plus efficaces que l'ETBE dans la limitation des émissions de CO2 fossile.
Une fiscalité équitable vis à vis du GPL ou des véhicules électriques, harmonisée au niveau européen, est susceptible de permettre la mise en valeur de 200 à 400 000 ha de céréales supplémentaires au prix du marché.
- par rapport aux objectifs du programme national qui vise une limitation de 13 à 15 millions de tonnes de carbone atmosphérique d'ici 2010, on peut constater que l'agriculture, à qui il a été jusqu'à présent reproché d'être une source de gaz à effet de serre (méthane des ruminants et protoxyde d'azote des engrais azotés), n'est désignée que pour ces effets négatifs, alors que les exploitations agricoles fonctionnent au final comme un puits de carbone net.
La contribution par des politiques actives du développement de la chimie de l'amidon, de la combustion des pailles et de la transformation du grain en bio éthanol constituent autant d'arguments pour convaincre la Mission Interministérielle sur l'Effet de Serre (MIES).
- l'enjeu économique est d'autant plus fort que la tonne de carbone épargnée a un prix évalué autour de 500 Francs /t, selon la MIES. Aussi pour l'exploitation agricole ou toute filière qui participe à cette épargne, cela devrait se traduire par le droit d'émettre des certificats négociables lorsqu'il s'agit de produits destinés à se substituer aux matières fossiles. Une tonne de matière sèche agricole contient 0,4 tonne de carbone aérien piégé net (c'est à dire compte tenu des dépenses de production agricole en énergie fossile), soit 200 Francs / tonne de céréales. Ne serait-ce qu'à ce titre, " l'écocarbone " agricole est une réalité économique que revendiquent les producteurs céréaliers.

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