76e Congrès de l'AGPB Poitiers,
le 21 juin 2000 Discours de clôture du Président de Benoist



Mes chers amis,

Ce Congrès se sera déroulé sans que nous ayons pu nous adresser au ministre de l'Agriculture. Devons-nous nous en plaindre ? Certainement pas. Evidemment, nous aurions aimé que Madame GORY et Monsieur de RAUCOURT le mettent directement devant ses responsabilités. Mais, fondamentalement, sa venue aurait eu peu de chances de servir à quoi que ce soit.

Sorti de cette enceinte, le ministre serait retourné jouer ailleurs sa musique favorite sur le thème -ouvrons les guillemets- des grosses exploitations, c'est-à-dire les céréaliers, des agriculteurs qui n'ont pas besoin d'aides, fin de guillemets. Il suffit de lire les dépêches de l'Agence France Presse, les journaux paraissant dans certains départements, le compte rendu de l'intervention ministérielle au dernier Congrès des agriculteurs biologiques etc. etc. : les citations pullulent. C'est sans-culottisme, talibanneries, démagogie et compagnie.

Il y a donc peu à regretter de l'absence du ministre. Au contraire, même, elle nous rend service. Si certains ici pensaient qu'ils avaient encore à espérer quoi que ce soit de sa part, leurs illusions, je pense, se seront estompées. Dans ces conditions, nous voici d'autant mieux en mesure de tirer les conclusions de ce congrès, c'est-à-dire d'en repartir avec des lignes de conduite.

Nous sommes persuadés de la justesse de notre vision de la céréaliculture. Pour l'essentiel, nos exploitations sont vouées par nature à nourrir le monde, à fournir de la matière première à des industries de plus en plus variées. Pour accomplir ces missions, nous devons être compétitifs, tant sur le plan de la qualité qu'en termes de coût. Compétitifs, nos partenaires de filière doivent l'être également. Et nous avons besoin d'une politique agricole qui favorise nos efforts, qui permette de réguler les marchés et qui nous protège d'actes de concurrence illégitimes.

Nous ne croyons pas que, dans leur grande majorité, les agriculteurs français puissent se trouver dispensés de performance économique et commerciale. Ni la France, ni l'Europe ne peuvent isoler leurs agriculteurs des contraintes économiques, encore moins après avoir accepté une ouverture accrue des marchés. Le coût de cet isolationnisme serait épouvantablement élevé et ni l'Europe, ni les Quinze n'ont les moyens d'en supporter la charge.

La politique agricole que nous voulons doit nous accompagner sur la voie de l'initiative et de la performance. Elle doit appuyer notre engagement sur les marchés.

Aussi, plutôt que de se réfugier dans des faux-fuyants, l'Europe doit-elle remettre expressément en cause à l'OMC le règne des conceptions américaines quant au classement des aides et à l'ouverture des marchés. Aussi les Quinze doivent-ils défendre leur organisation commune de marché des céréales. On le voit encore avec le fiasco du Fair Act, miser sur l'équilibre entre la demande et une offre laissée à elle-même n'offre pas d'horizon aux producteurs. Sur le plan mondial, l'Europe doit donc absolument faire reconnaître la nécessité pour les grands pays producteurs-exportateurs de pratiquer jachère et stockage public. Et sur le plan intérieur, évidemment, le FEOGA doit suivre, surtout quand le nombre de pays-membres s'accroîtra, même si l'Europe a d'autres politiques à financer.

Plus près de nous, en France, il faut favoriser la recherche, plutôt que de craindre les découvertes et expérimentations. Il faut poursuivre le soutien aux filières nouvelles, en débloquant, par exemple, la construction de nouvelles unités de bio-carburants. Il faut prendre les moyens de mobiliser davantage la ressource en eau, plutôt que de taxer l'utilisation de la ressource actuelle. Enfin, bien sûr, la politique agricole que nous voulons, ce doit être une politique de diminution des prélèvements obligatoires et d'incitation aux regroupements d'exploitants - en étendant le principe de transparence, notamment - au lieu d'être une politique de réglementation, de pénalisation et de contrôles à répétition.

Notre vision de l'agriculture et de la politique agricole ainsi rappelées, quelles lignes de conduite tenir pour qu'elle se concrétise, comment faire ? Nous l'avons dit hier : il nous faut reconnaître que cette vision n'est pas unanimement partagée aujourd'hui dans notre pays. Cet élément, il faut bien le prendre en compte, non pour le regretter, mais pour le traiter très activement.

Quelle stratégie développer, par conséquent? A mon sens, elle doit s'ordonner autour de quatre principes : efficacité, lucidité, fermeté, ouverture.

L'efficacité, cela concerne d'abord l'exercice de notre métier et des métiers de nos partenaires, en amont et en aval. Il suffit d'ouvrir nos journaux agricoles pour le constater et c'est le souci quotidien de l'ITCF, votre outil, que d'y contribuer: des avancées nouvelles ne cessent d'apparaître sur le plan des connaissances, des techniques, des produits, des matériels, des procédures. Pour les mettre en œuvre, pour les utiliser, les agriculteurs cherchent à se regrouper de plus en plus. Le regroupement, la mise en commun de moyens, les organismes stockeurs les pratiquent abondamment eux aussi.

L'efficacité dépend aussi de notre capacité à organiser globalement notre secteur, à disposer d'outils d'intérêt général qui soient appropriés, à bien nous concerter entre partenaires des filières. Nous avons là aussi à progresser, mais le mouvement est en cours. Quelques exemples : je pense aux différents guides de production élaborés avec l'ITCF et avec nos partenaires ; je pense au Livre blanc sur les transports de céréales, résultat d'une réflexion commune avec la FFCAT, l'ONIC, les transformateurs, à laquelle la SNCF a accepté de s'associer.

Chez nous, plus précisément, à Céréaliers de France, nous sommes en négociation avec les Pouvoirs publics à propos de l'évolution d'Unigrains. L'enjeu est de permettre à cet organisme de contribuer à la compétitivité de la filière avec davantage d'indépendance par rapport aux Ministères. Nous sommes décidés aussi à créer une interprofession -avec les collecteurs, les transformateurs, exportateurs et tous les partenaires de la filière. Il s'agit d'assurer de façon plus autonome la promotion de nos blés à l'export, avec France Export Céréales, et celle des produits céréaliers sur le marché intérieur, avec Univers Céréales.

On doit également parler des efforts d'organisation développés en faveur de la qualité. Il y a deux ans, une partie des fonds d'Unigrains - 300 millions de francs- a été affectée à la construction de capacités de stockage segmentées. Je propose cette année de compléter cette enveloppe par une nouvelle tranche de 200 millions de francs. Vous savez par ailleurs que la concertation a redémarré au sujet des semences. Parmi les sujets de fond, il y a probablement à évoquer la manière de faire remonter plus vite vers la sélection les nouvelles exigences qualitatives des utilisateurs.

Efficacité par la compétence technique, efficacité par l'organisation collective, nos efforts n'auront cependant qu'un résultat limité si les Pouvoirs publics ne cessent pas de les entraver. Comment faire pour qu'ils agissent autrement ? C'est la question-clef de ce Congrès.

Je crois que nous devons d'abord faire preuve de lucidité. C'est là le deuxième mot d'ordre à partager en repartant ce soir.

Lucidité en ce qui concerne les Pouvoirs publics eux-mêmes bien sûr, mais aussi en ce qui concerne notre propre milieu agricole.

Du côté des Pouvoirs publics, la situation actuelle est évidemment caricaturale. Le souci est avant tout de suivre l'opinion, voire, afin de mieux lui plaire ensuite, d'entretenir ses a priori sur notre métier. Il faut aussi flatter une clientèle électorale - en partie agricole, du reste - pour laquelle les aides ne devraient avoir qu'une vocation sociale. Que M. GLAVANY et Mme VOYNET rivalisent pour attirer à leur parti respectif les faveurs de cette clientèle n'arrange pas la situation. On peut enfin se demander si l'agriculture n'est pas souvent abandonnée à la vindicte du Ministre de l'Environnement pour le consoler de ses déboires dans d'autres domaines. Naturellement, il n'est pas imaginable de cogérer quoi que ce soit dans ces conditions. Sans aller jusqu'à pareille caricature, en irait-il vraiment autrement demain avec un autre gouvernement ? Son action ne risquerait-elle pas de se trouver également influencée par des conceptions exagérément consuméristes et environnementalistes ? Si nous voulons explorer le moyen-long terme, il faut nous le demander et reconnaître que la réponse ne serait pas forcément favorable. Lire aujourd'hui l'opinion des journalistes du Figaro est édifiant.

Un examen de notre situation par rapport aux Pouvoirs publics conduit enfin à des interrogations sur notre monde agricole, sur notre situation en son sein.

L'affaire de la modulation nous l'a enseigné : si le Gouvernement a pu prendre cette mesure, c'est parce qu'elle n'était pas sans plaire à des gens syndicalement proches de nous.

De la même manière, si les Pouvoirs publics développent aujourd'hui cette vision de l'agriculture qui est leur, n'est-ce pas le fruit d'une attitude trop fréquente de sauve-qui-peut au sein de la profession.

Nous devons donc reconnaître que nous avons un problème à régler avec notre propre famille syndicale agricole.

Que personne ne se méprenne pour autant à ces propos! Il ne s'agit pas ici d'instruire le procès des organisations avec lesquelles nous travaillons. Il ne s'agit pas de faire le procès de la FNSEA, ce serait trop facile, inutile et destructeur. Dans sa relation avec les Pouvoirs publics, la FNSEA doit tenir compte des différentes formes d'agriculture qu'elle a à gérer. A nous de nous faire entendre par elle, à nous de lui faire comprendre qu'agir pour une certaine forme d'agriculture ne suppose pas qu'il faille en desservir d'autres. A nous de lui faire valoir que la solidarité professionnelle doit aussi bénéficier aux céréaliers, compte tenu de ce qu'ils représentent dans l'équilibre des productions et pour l'occupation du territoire. Quelles que soient les difficultés que nous avons et que nous avons toujours eues à construire un projet commun entre tous les agriculteurs, je voudrais éviter que l'on puisse dire un jour : "c'était quand même mieux du temps de la FNSEA".

Je voudrais là attirer solennellement votre attention, chers amis, sur le risque que prendraient les céréaliers à privilégier la rancœur lors des prochaines élections aux chambres, début 2001. Les équilibres au sein du monde professionnel ne nous seraient pas davantage favorables, au contraire. Le vrai gagnant serait le Ministre, qui réussirait à diviser encore plus la profession.

Enfin, en s'éparpillant, le milieu céréalier prendrait le contre-pied de ce qu'il lui faut faire : afficher la plus grande unité pour pouvoir faire preuve de fermeté vis-à-vis des Pouvoirs publics.

Cette fermeté, c'est là notre troisième mot d'ordre. La cogestion a vécu, bien sûr. On ne peut co-gérer qu'une politique agricole, pas des fantasmes, pas des mesures toujours plus contraignantes et dépossédantes. Face à des Pouvoirs publics qui ne cessent de nous soupçonner, de nous taxer, de s'imposer - ce qu'ils font en nationalisant quasiment l'ANDA - nous n'avons d'autre choix que la fermeté.

Les actions syndicales menées le 29 mai dernier par les producteurs de céréales et d'oléoprotéagineux ont donné le ton, celles de la semaine dernière confirment qu'il ne s'agissait que d'un début.

Nous avons dès à présent deux terrains d'action particuliers sur lesquels nous devons manifester la fermeté la plus vive : d'une part, les boues d'épuration, en relation avec la TGAP, les redevances sur l'eau etc. ; d'autre part, la modulation.

Sur les boues d'épuration, la question n'est pas seulement d'obtenir des assurances quant à leur innocuité et au dédommagement d'éventuels accidents. Supposons que ces garanties nous soient données. Pourquoi devrions-nous les prendre en compte si le Gouvernement, de son côté, continue à refuser les garanties que nous lui donnons sur nos pratiques, s'il veut nous pénaliser sans discernement ? Car c'est bien là, au fond, le sens de la TGAP et des idées de plafonnement de doses d'azote en zone sensible.

La modulation maintenant. Il nous faut harceler tous ceux qui ont soutenu politiquement cette mesure scélérate et ceux qui la gèrent administrativement. Nous avons tout intérêt à faire sortir cette affaire de notre sphère, à mettre en évidence devant l'opinion le comportement des Pouvoirs publics. Nous le savons, l'instruction du dossier au Conseil d'Etat va être longue. Il nous faudra agir à répétition durant tout ce temps. Que ce soit lors des contrôles, au moment des notifications de compensations, à l'occasion de litiges individuels, de déplacements de ministres, par exemple, les occasions ne manqueront pas. Chaque fois des actions syndicales réfléchies, illustratives, acceptables et compréhensibles de l'opinion et de la presse devront être menées. Montrons des cas précis. Demandons aux décideurs, à nos concitoyens s'ils accepteraient d'être traités eux-mêmes de la sorte.

La fermeté sur ce dossier, elle consistera également cet automne à ce que les exploitants modulés contestent systématiquement le montant de leurs compensations au tribunal administratif. D'une part, ce sera nécessaire pour que chacun puisse récupérer le moins perçu si le Conseil d'Etat annule le décret "modulation". Et d'autre part, en saisissant très nombreux les tribunaux administratifs, nous confirmerons indirectement au Conseil d'Etat et à l'opinion combien cette affaire est grave. Nous allons commencer à préparer tout cela dès la semaine prochaine, en relation avec les sections "Céréales-Grandes cultures" des FDSEA, bien sûr.

Il reste encore deux éléments complémentaires à évoquer au sujet de la fermeté que nous devons manifester.

Le premier : il n'y a pas de fermeté qui tienne vis-à-vis des Pouvoirs publics si, opposé à leurs visées, l'on cherche dans le même temps à obtenir des accommodements de leur part. Il faut savoir ce que l'on veut.
Deuxième élément : prendre l'opinion à témoin suppose bien entendu de ne pas gêner, ni choquer. Tout dérapage, même bénin, peut être entièrement contre-productif ? C'est encore plus vrai s'il est le fait de céréaliers. Attention de ne pas être piégés et de ne pas nous piéger nous mêmes.

Ni gêner, ni choquer. Nous avons au contraire à nous rapprocher de nos concitoyens.

Voilà notre quatrième mot d'ordre : ouverture, ouverture à la société.

Vouloir être ferme avec les Pouvoirs publics, vouloir prendre l'opinion à témoin n'aura que des effets limités si l'image des céréaliers dans l'opinion en reste où elle en est.

Cette image nous exaspère, d'accord. Il faut donc réagir. On ne peut pas se contenter d'un simple repli sur soi, en condamnant les journalistes, les écologistes, les politiques, sans oublier l'Europe, les américains, la FNSEA et, pourquoi pas, l'AGPB. Il faut être dynamique. Il faut rétablir le lien avec la société. Il faut aller au contact, comme l'on dit.

Notre société de plus en plus urbaine a de moins en moins de liens physiques et familiaux avec la céréaliculture. Par ailleurs, une partie importante de nos concitoyens travaille dans le secteur des services. Les gens ignorent d'autant plus quelles sont les contraintes matérielles et économiques de la production de biens, biens agricoles comme industriels. Finalement, quoi de plus logique, nos concitoyens ont tendance à voir l'agriculture avant tout au travers de son décor, le paysage, l'espace, un espace qui leur manque. Or, nous céréaliers, cet espace nous en gérons beaucoup. Pour le reste, nos concitoyens ignorent à peu près tout de nous. Le champ est libre pour les préjugés.

C'est comme çà et, pour le moment, les médias n'y changeront rien spontanément. Géographiquement, culturellement, ils reflètent l'état de la société. Ils sont en fusion avec elle et, de plus, comme les fonds de pension en bourse, il ne cessent de se copier entre eux, en mal comme en bien.

Entre une vision de l'opinion qui évolue de la sorte et notre vision, minoritaire, pas besoin de se demander vers laquelle iront de plus en plus les Pouvoirs publics si nous n'agissions pas. Nous serions alors en but à un véritable colonialisme culturel. Autrement dit, nous nous verrions imposer dans notre métier des normes, des comportements qui conviennent à la vision, aux goûts, aux besoins d'un milieu différent du nôtre.

Si nous voulons empêcher pareille évolution, il faut que, sous nos produits, nos concitoyens découvrent ce que nous sommes. Il faut que, au-delà de notre espace, ils apprécient les hommes, leurs connaissances, leur savoir-faire, leur éthique, leurs motivations. Il faut que notre activité prenne chair et âme à leurs yeux pour qu'elle soit ensuite comprise et soutenue.

Pour cela, nous devons aller au contact, prendre les devants. C'est à nous de le faire, c'est nous qui sommes menacés. Ce n'est pas ce dont nous avons le plus envie, spontanément, mais nous n'avons pas le choix. Et, s'il faut se rassurer, sachons que nous avons beaucoup d'atouts pour réussir. Nous avons de quoi satisfaire la curiosité de nos concitoyens, leur désir d'apprendre, de retrouver des connaissances et des racines perdues. Cette curiosité, elle se manifeste constamment en d'autres endroits. Pourquoi ne pas lui proposer le monde de notre métier et, dans le prolongement, les activités de nos coopératives, de nos unités de transformation ?

Je ne fais que formuler, je pense, une exigence de plus en plus ressentie dans notre milieu.

Pour sa part, l'AGPB a décidé de mettre en place un réseau d'agriculteurs volontaires pour être des témoins de leur profession devant les journalistes. Ils ont été choisis avant tout pour montrer comment ils pratiquent, quelles actions ils mènent pour la qualité de leur production, comment ils préservent l'environnement, quelles technologies nouvelles ils mettent en œuvre, comme l'agriculture de précision. Les dix premiers d'entre eux sont là aujourd'hui. Le critère majeur de leur recrutement n'a pas été leur capacité à parler de l'OMC, de la justification des stocks publics, des compensations, etc. Cela vient seulement de manière accessoire.

Mais l'AGPB n'est pas seule à agir. Je voudrais citer trois exemples d'opérations récentes allant dans le même sens, destinées à faire découvrir au grand public les hommes de la céréale et leurs métiers . Je veux parler des manifestations organisées ces temps derniers par Epis-Centre dans le Cher, par Nourricia dans l'Aube et par Dijon-Céréales en Bourgogne.

Cette grande entreprise d'amélioration de l'image des céréaliers exige sûrement beaucoup de moyens, d'efforts d'organisation et de coordination. Mais le plus crucial, c'est la prise de conscience de la nécessité d'agir.

Encore deux précisions à ce sujet.

En premier lieu, l'opinion , aux yeux des hommes politiques, c'est d'abord les adultes, c'est-à-dire les électeurs. Nous ne pouvons pas nous contenter d'actions ciblant les enfants et les jeunes, même si c'est nécessaire pour l'avenir.
Ensuite, cela va de soi après tout ce qui vient d'être dit, établir le contact avec l'opinion n'est pas seulement l'affaire de l'AGPB, des coopératives et des autres entreprises partenaires. On ne saurait se contenter de leur donner procuration. Le plus grand nombre d'entre nous doit s'engager.

Chers amis, la situation délétère que nous vivons nous complique beaucoup la tâche. Les défis que nous avons à relever en termes de pure compétitivité ne sont pas minces, certes. Mais, sur ce seul plan, le passé et le présent sont plutôt de nature à nous mettre en confiance, sans excès bien sûr.

Pour autant, répéter les mêmes efforts qu'hier ne peut plus suffire. Le monde a changé. Dans le monde d'hier, même s'il était exigeant, il était encore facile de dialoguer et de trouver des équilibres à partir desquels progresser. Il n'en va plus de même. Les efforts à accomplir sur les exploitations et dans les entreprises risquent de tourner rapidement à l'inutile si nous n'agissons pas autrement sur d'autres terrains. Il nous faut trouver une efficacité supérieure sur ces terrains-là, celui de la culture des esprits en particulier. Mais les agriculteurs, notamment les agriculteurs français, sont courageux et ingénieux dans l'adversité. C'est l'un de leurs atouts majeurs. Alors, les prises de conscience manifestées durant ce Congrès, la manière dont elles l'ont été m'incitent d'autant plus à vous le dire : comptons sur nos atouts, comptons sur nos forces. Elles sont à la mesure de cet impératif de refondation exprimé hier et repris sous forme de motion qui vous sera proposée dans quelques instants. Refondation - à base d'efficacité, de lucidité, de fermeté et d'ouverture - ce sera le mot de la fin cet après-midi, mais c'est avant tout le mot d'un nouveau commencement.

Je vous remercie de votre attention.

   


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