Il est beaucoup question en France du prix du baril de pétrole
à partir duquel la production de
biocarburants devient compétitive. L'Agence de l'Environnement
et de la Maîtrise de l'Energie (ADEME) avance le chiffre
de 65 $ pour " certains " biocarburants. Les milieux
pétroliers évoquent le chiffre de 100 $ en ce
qui concerne le bioéthanol.
Que coûte réellement le bioéthanol par
rapport à l'essence ? Cet aspect est-il le plus important
quant à l'opportunité de produire du bioéthanol
à grande échelle dans notre pays ?
I. Le coût du bioéthanol par rapport à
l'essence
Pour juger du coût du bioéthanol par rapport
à l'essence (sans plomb 95), il faut raisonner en terme
de prix TTC * de ces deux produits pour le consommateur. Pour
ce, il faut comparer les prix à énergie fournie
égale et non à volume identique, compte tenu
de la différence en contenu énergétique
des deux produits pour un même volume. L'on aboutit
ainsi à des prix en € par gigajoule (Gj)
et non par hectolitre (Hl). Pour que les différences
de régime fiscal des deux produits ne viennent fausser
la comparaison, le calcul intégre des niveaux de taxation
identiques par Gj.
a) Selon ce mode de comparaison et sur les bases actuelles
de la production de bioéthanol en France -les unités
de production sont de petite taille- le prix TTC du bioéthanol
s'élève à 51,8 € /Gj, contre
41,69 € /Gj pour le sans plomb 95 (prix actuel,
également). Soit un écart de +24,2 %.
b) Cependant, entre une filière à ses débuts
et une filière ayant atteint sa maturité, il
existe un écart notoire. Aux Etats-Unis, avec des unités
de production 8 fois supérieures en taille aux unités
françaises et 30 ans d'une montée en puissance
constamment appuyée par le Gouvernement fédéral
et les Etats fédérés, la filière
bioéthanol fournit au consommateur un produit qui lui
coûte 16,45€ /Gj HT. En France, le chiffre
correspondant est aujourd'hui de 24,91€ /Gj.
Avec des usines de grande capacité, telles qu'il
est maintenant projeté d'en construire selon les réponses
aux appels d'offre lancés par le Gouvernement, la filière
française se fait fort, d'atteindre en 15 ans le même
niveau de performance que son homologue américaine.
Sur cette nouvelle base, le prix TTC du bioéthanol
baisserait à 41,68 € /Gj TTC et égalerait
celui du sans plomb 95 (cf. § a) ci-dessus).
c) Pour que la taxation des carburants soit tout à
fait équitable, il faut tenir compte des avantages
d'une production et utilisation de bioéthanol à
grande échelle pour les budgets publics (rentrées
supplémentaires de prélèvements obligatoires
liées au surplus d'activité et d'emploi ; moindres
dépenses d'indemnisation du chômage, diminution
des coûts générés par la pollution).
Ces éléments ont été évalués
en 2004 dans une étude du cabinet Price Waterhouse
et Cooper. Elle fait ressortir des bénéfices
de 4,1 € /Gj pour les budgets publics, alors qu'à
l'inverse, le maintien de la composition actuelle de l'essence
leur coûte 1,67 € /Gj sous forme de dépenses
environnementales et dépenses de santé. En conséquence,
même dans l'hypothèse de filière française
du bioéthanol parvenue à maturité, il
devrait subsister un écart de taxation de 5,68 € /Gj
au profit du bioéthanol par rapport à l'essence.
II. Une compétitivité environnementale
inégalable pour le bioéthanol
S'il est économiquement important que les biocarburants
soient produits au plus bas coût, s'ils doivent permettre
d'atténuer notre indépendance énergétique,
la principale raison de les promouvoir n'en reste pas moins
leur intérêt pour l'environnement. En l'état
actuel des technologies, ils constituent le seul moyen de
réduire massivement à court terme les émissions
de gaz à effet de serre dans le secteur des transports,
comme le montrent leurs bilans CO2 (gaz carbonique).
C'est notamment vrai du bioéthanol par rapport à
l'ETBE (Ether tertio-butylique ; additif à l'essence
produit moitié-moitié à partir de produit
pétrolier et de bioéthanol). D'après
les travaux du ministère de l'Industrie et de l'ADEME,
quand il est émis 3 653 grammes d'équivalent
CO2 par kilogramme d'essence utilisée, il en est encore
émis 2526 g par kilogramme d'ETBE. En revanche, avec
un kilogramme de bioéthanol, les émissions de
CO2 descendent à 922 g. D'après ces mêmes
travaux en outre, le ratio entre l'énergie obtenue
et l'énergie fossile qu'il faut pour la produire est
de 2,05 pour le bioéthanol et de 1,04 pour l'ETBE.
Pourtant, le secteur français du raffinage ne veut
pas entendre parler d'incorporation directe dans le sans plomb
95. Il défend la position selon laquelle la meilleure
voie est celle de l'incorporation de l'ETBE. C'est ainsi qu'usant
de sa position quasi-monopolistique, il prive la distributeurs
de carburants indépendante (grandes surfaces, notamment)
des essences spécifiques qui permettent l'incorporation
directe de bioéthanol (essences à indice de
tension de vapeur abaissé, dites essences " à
basse volatilité ").
Le secteur français du raffinage est parfaitement
capable de livrer de telles essences puisqu'il en exporte
aux Etats Unis et au Brésil, précisément
pour l'incorporation directe de bioéthanol. Mais, directement
ou indirectement maître de la production d'ETBE, il
ne cherche qu'à préserver une rente de situation.
Il est de la responsabilité du Gouvernement de faire
cesser cette attitude préjudiciable à l'environnement
et, à terme, au consommateur (les prix des produits
pétroliers nécessaires à la fabrication
de l'ETBE ne peuvent qu'augmenter).
Il est de la responsabilité des Pouvoirs publics de
répondre à l'attente des distributeurs indépendants
de carburants en imposant des normes sur les essences et une
transparence de leur composition qui permettent d'y incorporer
systématiquement du bioéthanol.