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Agro-industrie
I. Pourquoi il est urgent de promouvoir l'éthanol |
Les Organisations Professionnelles Agricoles
et Agro-Industrielles concernées par la production de
bioéthanol font part du mécontentement de cette
filière vis-à-vis des arbitrages que le Gouvernement
a rendus dans le cadre du projet de la Loi de Finances rectificative
pour 2003.
En effet, la réduction de TIPP doit bénéficier
au bioéthanol utilisé en mélange direct
à l'essence.
Des signaux forts en faveur de l'éthanol ont été
lancés ces derniers mois :
- deux directives communautaires visant à promouvoir
les biocarburants et à leur accorder des exemptions ou
réductions fiscales ont été adoptées.
Ces directives doivent être transposées en droit
français à partir du 31 décembre 2003,
- l'étude mandatée par l'ADEME et le Ministère
de l'Industrie de septembre 2002 intitulée "Bilans
énergétiques et gaz à effet de serre des
filières de production de biocarburants en France "
a démontré que le bilan environnemental des filières
de production de biocarburant était largement positif.
Elle met également en évidence la meilleure performance
du bioéthanol utilisé en mélange direct
à l'essence par rapport à sa transformation en
ETBE,
- le récent rapport d'information de Serge Poignant,
Député de Loire-Atlantique, sur " la politique
de soutien au développement des énergies renouvelables
" est très explicite : " Une action très
ambitieuse de développement des biocarburants est donc
nécessaire ".
Ce rapport adopté par l'Assemblée Nationale préconise
une fiscalité spécifique pour les biocarburants,
déclarant qu'il n'est pas pertinent de considérer
les exemptions fiscales dont ils bénéficient comme
une dépense fiscale :
- lors du colloque sur les biocarburants organisé comme
initiative partenaire du Débat national sur les énergies
au mois de mai 2003, Nicole Fontaine, Ministre Déléguée
à l'Industrie, Roselyne Bachelot-Narquin, Ministre de
l'Ecologie et du Développement Durable ainsi qu'Hervé
Gaymard, Ministre de l'Agriculture par l'intermédiaire
de Jean-Baptiste Cuisinier, Conseiller, se sont clairement prononcés
en faveur des biocarburants.
Ce colloque a été piloté par Xavier BERTRAND,
député de l'Aisne, et Marcel DENEUX, sénateur
de la Somme. Des parlementaires se sont également investis
dans les différentes tables rondes : François-Michel
GONNOT, député de l'Oise, Yves DETRAIGNE, sénateur
de la Marne, Philippe ROUAULT, député de l'Ille-et-Vilaine,
Charles de COURSON, député de la Marne, Philippe
FRANCOIS, sénateur de la Seine-et-Marne, Philippe AUBERGER,
député de l'Yonne, Bruno BOURG-BROC, député
de la Marne, Claude GATIGNOL, député de la Manche
et Président du groupe d'études énergie,
Serge POIGNANT, député de Loire-Atlantique, Nathalie
KOSCIUSKO-MORIZET, députée de l'Essonne, Jean
BESSON, Ancien député du Rhône en mission
auprès de Nicole FONTAINE pour le Débat national
sur les énergies.
- Francis MER, ministre de l'Economie, des finances et de l'Industrie
a répondu le 13 Novembre 2003 lors de la séance
des questions au gouvernement au Sénat à une question
d'Yves DETRAIGNE, Sénateur de la Marne en ces termes
: " nous avons un effort technologique à faire (…)
je pense qu'assez rapidement nous aurons la possibilité
de rattraper ce retard car il serait tout à fait désagréable
d'avoir à exporter des matières premières
pour réimporter les produits finis. "
- dans un rapport d'information fait au nom de la Commission
des finances du Sénat sur les Prélèvements
obligatoires et leur évolution, Philippe MARINI, Sénateur
de l'Oise et rapporteur général du Budget se positionne
clairement en faveur d'une obligation d'incorporation directe
de bioéthanol dans les produits des pétroliers.
" En outre, le fait d'exclure l'éthanol du bénéfice
des réductions de TIPP, prévues par l'article
265 bis A du code des douanes, pour le réserver au seul
ETBE, semble en pleine contradiction avec la directive précitée,
du 8 mai 2003, relative à la promotion de l'utilisation
des biocarburants ou autres carburants renouvelables dans les
transports ".
" Des obligations d'incorporation de bioéthanol
existent. Il pourrait être ainsi envisagé d'imposer
aux opérateurs pétroliers, dans la prochaine loi
d'orientation sur l'énergie, une obligation globale d'incorporation
de biocarburants dans leurs produits, dont la charge serait
répercutée par les distributeurs sur l'usager
" (Novembre 2003).
Si elle veut atteindre les objectifs fixés par la directive
2003/30/CE adoptée le 8 Mai 2003, la France doit s'en
donner les moyens. Au-delà de l'intérêt
agro-industriel que sous-tend la production de biocarburants
pour toute la filière, les apports aussi bien environnementaux
qu'économiques ne sont plus à démontrer.
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ARGUMENTS EN FAVEUR DE L'ETHANOL
- Promouvoir les biocarburants est la
solution pour respecter nos engagements de Kyoto. Substituer
un volume d'essence par un même volume d'éthanol,
c'est réduire les émissions de gaz à
effet de serre de 75%. (Etude Ademe /Ministère
Industrie 2002)
- Avec les biocarburants, l'effet sur
l'environnement est certain, bénéfique,
continu et immédiat sur l'ensemble du parc automobile,
sans modification des moteurs et sans augmentation de
la consommation.
- Améliorer notre indépendance
énergétique alors que l'Europe dépend
à près de 50% d'approvisionnements extérieurs
pour sa consommation énergétique et 80%
pour le pétrole. Produire de l'éthanol permet
des économies importantes d'énergie fossile
notamment de pétrole (avec un même volume
d'énergie fossile, on produit plus de 2 fois plus
d'éthanol que d'essence) La production de biocarburants
et notamment d'éthanol permettra de diversifier
nos sources d'énergie.
- Un gain pour l'Etat : le bilan financier
des biocarburants est positif. De plus, il ressort d'une
analyse récente (PriceWaterhouseCoopers décembre
2002) que la production d'éthanol crée davantage
de richesses (+12%) pour l'Etat et la société
que la production d'essence. Cela est particulièrement
vrai pour les emplois directs et les revenus fiscaux hors
TIPP.
- Contribution à l'indépendance
et à la sécurité de nos élevages
: les drêches sont des coproduits de l'éthanol.
Respecter les objectifs de la directive " Promotion
" c'est produire près d'1 million de tonnes
de produits riches en protéines végétales
issues de matières agricoles non OGM, de qualité
sanitaire garantie et tracée qui représentent
près de 20% de nos importations de soja.
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[AGPB - 1 décembre 2003]
II.
La position du ministère des Finances sur la fiscalité
du bio-éthanol, une menace pour l'avenir de la filière
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1. L'éthanol est un composé oxygéné
carburant à haut indice d'octane. Il est utilisé
pur ou en mélange dans les moteurs à allumage
commandés (usage généralisé en France
jusqu' à 12% des essences de 1924 à 1974).
2. A l'addition directe majoritaire dans le monde
s'est ajouté en 1997 l'emploi sous forme d'éther
(ETBE ), à partir d'une synthèse avec de l'isobutylène.
Cette forme permet au secteur pétrolier de valoriser
l'isobutylène, un produit accessoire du raffinage. Bien
adapté techniquement aux moteurs, l'ETBE a plusieurs
limites : faibles disponibilités d'isobutylène,
synthèse avec le bioéthanol gourmande en énergie,
mauvais bilan en gaz à effet de serre en raison de la
part élevée d'isobutylène (53%), d'origine
fossile.
3. Malgré l'engagement renouvelé
d'un Premier Ministre (en novembre 2000) et de plusieurs ministres
(en 2002 et 2003), l'Administration a refusé en juillet
dernier l'agrément d'une unité de production d'ETBE
de 155 000t (La Mède, Bouches-du-Rhône). Le motif
en a été, dans un contexte de moindre valorisation
de l'ETBE, la hauteur de son coût de production, lequel
aurait été grevé par le niveau élevé
de l' investissement (30M € par tranche de 80 000t)
et par le renchérissement de l'isobutylène.
4. Dès lors s'est posé pour la filière
éthanol le choix d'une formule améliorée.
Le mélange direct y répond sur plusieurs points
:
- le surcoût de l'investissement ETBE évité
(pour un ETBE qui selon TOTAL n'est commercialisable qu'à
15% de plus que le prix de l'essence).
- le bilan énergétique est 2 fois supérieur
à celui de l'ETBE,
- il y a réduction de 75% des gaz à effet de serre
des essences (contre 30% pour l'ETBE).
- les constructeurs européens d'automobiles acceptent
l'incorporation d'éthanol à hauteur de 5%.
5. Les principaux obstacles à ce développement,
supposés ou réels, sont les suivants :
- l'ajustement les plafonds de tension de vapeur des essences
en période estivale pour qu'un mélange direct
soit possible. Techniquement, TOTAL assure ne pas savoir
faire. Cette position n'est pas partagée par d'autres
opérateurs qui n'ont pas de difficulté à
trouver les bases spécifiques nécessaires pour
additionner tout ou partie des essences distribuées (la
totalité au Brésil, 25% en Suède par exemple),
ou sont prêts à le faire en France si la demande
est importante (BP).
- les substitutions de l'essence par l'éthanol accroissent
le déséquilibre essence/gazole du marché.
Un même volume d'éthanol en mélange direct
ou sous forme d'ETBE déplace le même volume d'essence.
Dans le cas de l'ETBE, TOTAL n'y trouve aucun désavantage
puisqu'il produit cet additif. Le mélange direct qui
prive cette compagnie de la rente de situation substantielle
que lui procure le monopole de la production d'ETBE au sein
de ses raffineries lui est insupportable.
- les limites d'une Taxe Intérieure sur les Produits
Pétroliers (TIPP) spécifique. Le Ministère
des Finances analyse toute TIPP inférieure à la
TIPP de l'essence comme une perte budgétaire nette. Les
analyses réalisées en France et dans plusieurs
pays montrent que plus de 50% de l'amoindrissement de TIPP est
pourtant couvert par les prélèvements et taxes
générées par un développement économique
dont le seul contenu en emploi est dans le rapport de 1 à
60 vis à vis de l'essence.
Une telle approche restrictive du Ministère des Finances,
vis à vis du bioéthanol contraste avec les TIPP
spécifiques qu'il accorde aux énergies fossiles
alternatives (gaz propane liquéfié ou GPL, gaz
naturel véhicules ou GNV), lesquelles supportent une
pression fiscale par unité énergétique
de 80% inférieure à celle du bioéthanol
(les véhicules électriques en étant quant
à eux totalement exonérés).
Conclusions
En refusant l'exonération de TIPP pour
le bioéthanol en incorporation directe, ne serait-ce
que pour des démonstrations, le ministère
des Finances prône une politique qui va à l'encontre
de l'intérêt budgétaire.
Il prive dans un premier temps la filière
éthanol-carburant et les distributeurs des possibilités
d'acquérir les connaissances utiles à l'optimisation
technico-économique de la distribution de ces mélanges.
Il les prive également des économies
d'échelle attachées à la production d'unités
économiquement viables. Les unités françaises
ont une capacité de production d'éthanol journalière
de l'ordre du cinquième de leurs homologues américaines
ou brésiliennes. Pour les seuls coûts industriels,
l'expérience du Brésil et des Etats-Unis montre
des possibilités de gain de 20% par économie d'échelle
et innovations. Globalement, si l'on intègre les effets
des gains de productivité agricole prévisibles
d'ici à 2010, la perspective de réduction des
coûts est de l'ordre de 30%.
En niant l'intérêt de la filière bioéthanol,
le Ministère des Finances refuse la solution la moins
coûteuse, dans le domaine des transports, en terme d'efficience
sur la qualité environnementale de l'air. La limitation
des émissions d'oxyde carbone et de la fréquence
des pic d'ozones attachés au transport sont combattus
aux Etats-Unis depuis plus de dix ans par la mise en œuvre d'essences
reformulées oxygénées par de l'éthanol.
Un geste significatif en faveur d'une démonstration
de distribution des essences éthanolées ne coûterait
rien au budget avant au moins trois ans. Selon ses propres dires
le Ministère des Finances aura dans ce laps de temps
redonné à l'économie française la
croissance qui lui fait tant défaut. Le Gouvernement
pourrait alors prendre les mesures nécessaires pour que
les volumes de carburants distribués incorporent 5,75%
de bioéthanol ou de biodiesel, conformément à
la directive européenne sur la promotion des biocarburants
qu'il a largement contribué à faire adopter.
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