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Agro-industrie
Bio-carburants et bio-combustibles : des produits d'avenir pour la protection de l'environnement et l'approvisionnement énergétique
 

Observations : Ce document constitue la fiche 4 du dossier "Permettre à notre céréaliculture de jouer ses atouts", élaboré par l'AGPB à l'intention des partis politiques et candidats aux élections de 2002. Vous pouvez accéder à l'ensemble du dossier en cliquant ICI.

Les céréales et d'autres grandes productions végétales (oléagineux, betteraves) peuvent jouer un rôle important dans la lutte contre l'effet de serre en réduisant la présence de dioxyde de carbone (CO2) dans l'atmosphère. Elles peuvent également contribuer substantiellement à la réduction de la dépendance énergétique de l'Europe.

Pour un hectare cultivé en céréales, il y a fixation de 5 à 6 tonnes de carbone net* dans le grain et dans la paille grâce à la photosynthèse. Par ailleurs le développement racinaire et l'enfouissement dans le sol des résidus de culture de céréales aboutissent également à soustraire durablement 0,2 tonne de carbone à l'atmosphère.

L'utilisation comme bio-carburants ou bio-combustibles du carbone " récolté " permet de diminuer à due proportion les besoins de carbone fossile, qu'il s'agisse d'hydrocarbure liquide, de gaz naturel ou de charbon. Par ailleurs, ces carburants et combustibles sont relativement neutres quant à l'émission de CO2 dans l'atmosphère : l'émission de gaz carbonique issue de leur combustion est compensée par l'absorption de gaz carbonique par les plantes dont ils proviennent.

Ces avantages ne pourront qu'être maximisés avec :

- la diffusion de l'agriculture de précision, qui permettra soit une diminution, soit une meilleure rentabilisation des intrants,

- la progression des techniques de travail du sol simplifié (" non labour "), qui évitera de plus en plus l'oxygénation du carbone contenu dans le sol et donc son émission dans l'atmosphère,

- l'utilisation de sources énergétiques qui proviendront également de la biomasse pour le transport et la transformation de céréales en bio-carburant.


A - Aller vers une utilisation généralisée des bio-carburants

L'ADEME (Agence de l'Environnement et de la Maîtrise de l'Energie) a rassemblé des éléments dont sont tirés ces résultats, présentés dans le tableau ci-après, sur l'épargne de CO2 qu'entraînerait l'incorporation des bio-carburants issus des céréales - bio-éthanol et ETBE** - dans l'intégralité des super distribués en France.

Formule d'incorporation ETBE à 8%
(seule formule
actuellement
autorisée
en France)
Bio-éthanol
à 5%
(autorisé
par UE)
Mélange
bio-éthanol
et ETBE
(testé
en 2002
en France)
Bio-éthanol
à 10%
(formule
USA)
Epargne de C02
(millions de tonnes d'équivalent CO2)
0,7 2,5 3 4,9

Pour entrer dans ce futur, il est indispensable :

1) dans l'immédiat, d'obtenir de l'U.E. la consolidation de notre fiscalité sur les biocarburants au regard de la réglementation européenne sur les droits d'accise applicable en la matière.
La demande a été faite il y a plus d'un an à Bruxelles et il faudrait que la France accentue ses démarches auprès de ses partenaires pour obtenir cette consolidation

2) d'étendre au bio-éthanol incorporé en direct au super la défiscalisation jusqu'ici réservée au bio-éthanol destiné à la production d'ETBE.

3) de défendre les deux projets de directives biocarburants proposées par la Commission européenne le 7 novembre dernier. Ces deux projets affichent des objectifs d'incorporation de bio-carburants dans les carburants conventionnels à hauteur de 5,75 % en 2010 et une défiscalisation harmonisée dans l'Union. La Commission souhaite répondre ainsi aux engagements de lutte contre le changement climatique et améliorer la sécurité de l'approvisionnement.

B - Egaler nos partenaires européens dans le domaine de la bio-chaleur et de la bio-électricité

Des unités de chauffage urbain ou horticole alimentées en céréales à paille sont apparues en France ces dernières années, dont le fonctionnement donne satisfaction.

Ce mode d'alimentation présente l'avantage de limiter le recours aux énergies fossiles et les émissions de CO2 dans l'atmosphère, comme l'ont reconnu il y a plus dix ans déjà le Danemark et l'Allemagne, pays où se sont développés des réseaux chaleur et des unités de cogénération***. Sur le plan des coûts d'approvisionnement, la paille devient intéressante à partir du moment où le fuel domestique dépasse 1,6 F/l environ.

Si la France utilisait comme combustible 15% de ses pailles comme le Danemark, 4 millions de tonnes de paille viendraient se substituer à environ 1,1 Mt d'équivalent pétrole de produits fossiles et il en résulterait une économie de 3,2 Mt d'équivalent CO2, soit 20% de l'objectif de réduction imparti à la France dans le cadre de la convention de Kyoto sur la limitation des gaz à effet de serre.

Une étude récente de l'Agence Régionale de l'Environnement de l'Ile de France sur une unité de chauffe et sur une unité de cogénération fonctionnant toutes deux à partir de paille fait état d'économies d'énergie fossile et de CO2 tout à fait intéressantes (voir tableau ci-après).

Economies d'énergie fossile et de CO2 dans les unités de chauffe
et de cogénération à alimentation paille

  Gains par référence à un fonctionnement...
...au fuel domestique ...au gaz naturel ...au fioul lourd
Unité de chauffe
à alimentation paille
1,7 MW d'énergie primaire

     
Gain d'énergie fossile par tonne de paille (en tonne d'équivalent pétrole) 0,269 0,271 0,283
Gain d'émission de gaz à effet de serre par tonne de paille ( (en tonne d'équivalent CO2) 0,77 0,55 0,86
Unité de cogénération à alimentation paille
21 MW énergie primaire
     
Gain d'énergie fossile par tonne de paille (en tonne d'équivalent pétrole) 0,269 0,271 0,286
Gain d'émission de gaz à effet de serre par tonne de paille (en tonne d'équivalent CO2) 0,78 0,56 0,87

Malgré ses avantages, la bio-combustion ne progresse que lentement en France, le coût des équipements étant encore trois fois plus élevé que pour les équipements conventionnels. La raison en est la faiblesse du nombre d'équipements offerts et l'absence d'économie d'échelle au stade de leur fabrication, les séries étant trop courtes.

Des aides à l'investissement et des dispositions favorisant la valorisation de l'énergie issue des bio-combustibles sont donc nécessaires. Il s'agit :

1) de mettre en place des incitations représentant de 30 à 70% de l'investissement pour les entreprises ou collectivités s'équipant ou convertissant leur installation d'énergie fossile en installation faisant appel à la biomasse issue de plantes annuelles.
Ce type d'incitation n'existe aujourd'hui réellement que pour les équipements fonctionnant avec du bois.

2) dans le secteur spécifique de la cogénération, de mettre en œuvre le projet d'arrêté prévoyant le rachat de l'électricité par le réseau de distribution à un prix identique à celui pratiqué en Allemagne (0,10 euro/kWh jusqu'à 500 KW électriques ; 0,09 euro/KWh jusqu'à 5 MW électriques ; 0,08 euro/KWh de 5 à 20 MW électriques)

3) dans ce même secteur, de prendre un arrêté garantissant l'absence d'entrave économique à l'accès au réseau de distribution électrique.


* "net" : l'équivalent carbone du CO2 généré par la fabrication des engrais et autres intrants, ainsi que par les interventions culturales, est déduit de la fixation réelle de carbone par les plantes.

** ETBE : etyl-tri-butyl-éther; produit issu de bio-éthanol et d'isobutylène, un co-produit du raffinage du pétrole.

*** Le terme cogénération désigne la production simultanée de chaleur et d'électricité.

 
[AGPB - 18 mars 2002]
 
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