Redonner confiance en la science une priorité

L’office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et techniques (OPECST), a rendu public le jeudi 16 mai 2019, son rapport intitulé « Évaluation des risques sanitaires et environnementaux par les agences : trouver le chemin de la confiance ». Un rapport qui ramène un peu de raison sur les polémiques du moment.

Cet office, créée en 1983, a pour mission « d'informer le Parlement des conséquences des choix de caractère scientifique et technologique afin, notamment, d'éclairer ses décisions ». Il s’agit donc d’un intermédiaire entre le monde politique et le monde de la recherche. Il a rendu plusieurs rapports sur la sécurité nucléaire (2011), l’aviation civile (2010) ou bien la pêche maritime (2009).

Le dossier glyphosate, élément déclencheur

Le rapport de la semaine dernière fait suite à la double saisine émanant de la commission des affaires européennes et celle des affaires économiques de l’Assemblée nationale. En effet, les parlementaires ont souhaité s’intéresser aux méthodes d’évaluation des risques sanitaires et environnementaux suite à la polémique du renouvellement, au niveau européen, de l’autorisation du glyphosate à l’automne 2017.

Des conclusions qui demandent garder foi en la science

Les rapporteurs recommandent de renforcer les capacités d’évaluation des risques réglementés par les agences, d’améliorer la transparence des travaux d’évaluation et enfin de rendre l’évaluation des risques accessible et compréhensible. Le rapport apporte différents éclairages sur le système d’homologation des phytos. Un des enjeux soulignés, dans ce rapport, est de « retrouver la confiance dans les travaux des experts ». Les auteurs écrivent que dans « un contexte marqué par le succès des théories du complot, une partie de l’opinion publique peut rapidement considérer qu’industriels, experts et pouvoirs publics s’accordent, au moins tacitement, pour taire les risques et ne pas dire la vérité aux citoyens ». Ils rappellent que même si le dispositif d’évaluation scientifique comporte des faiblesses, il s’agit d’instruments d’évaluation bien structurés et les plus exigeants au monde.

Différencier risque vs danger

Le rapport comporte à ce titre plusieurs pages d’explication sur les différences entre risques, dangers et dommages. Les auteurs expliquent ainsi qu’« il convient en tout état de cause de bien distinguer le danger et le risque, ce qui n’est pas toujours très intuitif pour le grand public. Ainsi, des produits chimiques peuvent être intrinsèquement dangereux, mais leur contexte d’utilisation doit permettre d’écarter tout danger, en respectant des précautions d’usage, par exemple en évitant tout contact avec le produit. À l’inverse, une substance naturelle et non dangereuse a priori, comme l’eau, peut présenter des risques pour la respiration humaine en cas d’immersion prolongée ».

Un risque résulte donc de la combinaison d’un danger et d’une exposition. Un danger quant à lui provient d’un élément susceptible de causer un dommage. Tout l’enjeu est donc dans l’évaluation du risque et de sa reconnaissance par la société. L’évaluation des risques constitue un travail scientifique normé et encadré qui répond à des standards internationaux pour garantir l’objectivité et la comparabilité.

Glyphosate les opinions et les croyances ont pris le dessus sur la science

Sur le glyphosate, les propos des rapporteurs parlent d’eux même : « Il ne revient pas à l’Office de trancher des controverses scientifiques, mais nous devons constater que le glyphosate n’est pas traité à la légère par les agences, dont il conviendrait toutefois de mieux coordonner les travaux. La manière dont la controverse s’est diffusée au sein de la population montre aussi que les opinions et croyances peuvent prendre le pas sur la rigueur scientifique. […] De ce point de vue, faire croire que le glyphosate va générer un problème massif de santé publique dans les années à venir me paraît tout à fait excessif. Il faut certes respecter le principe de précaution, mais sans l’élever au rang d’institution. La confiance entre les citoyens et les experts doit être rétablie, pour que la France retrouve l’audace et l’ambition de la créativité et du progrès scientifique. »

Lien vers le rapport : http://www2.assemblee-nationale.fr/15/les-delegations-comite-et-office-parlementaire/office-parlementaire-d-evaluation-des-choix-scientifiques-et-technologiques/secretariat/a-la-une/evaluation-des-risques-sanitaires-et-environnementaux